Enquête. Le stade olympique d’Oran : ses retards, ses réévaluations et les dessous de ses travaux de réalisation

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Le stade ou le complexe olympique d’Oran est le symbole de l’actuelle 19e édition des Jeux Méditerranéens qui se déroulent dans la deuxième plus grande et plus importante ville algérienne. Cet édifice a été construit pour démontrer la modernisation en cours de la ville d’Oran et son prometteur potentiel en termes d’organisation de prestigieux évènements sportifs internationaux. Mais l’histoire de la réalisation de cette stratégique infrastructure sportive a été jonchée de rebondissements inédits et d’événements inattendus. Notre enquête. 

Le complexe olympique d’Oran qui abrite l’essentiel des épreuves et compétitions de la 19e édition des Jeux Méditerranéens est une immense infrastructure composée d’un stade de football de 40 000 places, un stade d’athlétisme de 4200 places, une gazonniére pour
assurer l’entretien du stade, un terrain de réplique, un centre de formation, un parking d’une capacité de 292 places et divers aménagements externes. La réalisation de ce complexe olympique est un projet qui remonte à 2006 et au départ, un budget initial de 10.930 Milliards de DA, soit l’équivalent de 75 millions de dollars USD, a été inscrit par les autorités algériennes pour la prise en charge de sa construction.

La réalisation du complexe olympique d’Oran a été confiée par un avis d’appel d’offre, le
21/12/2008 à l’entreprise chinoise MCC, pour un montant de 10.841Milliards de DA, pour
un délai de réalisation de 36 mois. Le projet devait être livré en 2011, mais les retards et les dysfonctionnements ayant impacté le chantier ont compromis définitivement cet objectif.

En vérité, le complexe olympique d’Oran a souffert d’un retard de livraison s’étalant sur…. 8 longues années ! Un cas inédit dans l’histoire mondiale de la réalisation des projets sportifs. Ce long retard s’explique par plusieurs raisons, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations, dont les arrêts et reprises des travaux au nombre de 05, soit une durée cumulée de 28 mois, à partir du 25/04/2010 jusqu’au 29/08/2013 dont 18 mois écoulés dans les procédures d’approbation des avenants comptabilisés au total de neuf
(09) avenants. Ces procédures sont la conséquence directe du manque de maturation de l’étude initiale du projet.

En outre, nous avons constaté au cours de nos investigations que la réalisation du complexe olympique d’Oran avait connu après l’expiration des délais contractuels au mois d’octobre 2014 une autre période d’arrêt des travaux et d’abandon du chantier, qui a duré 25 mois jusqu’au mois de Novembre 2016 soit un total cumulé des arrêts des travaux de
53 mois. Ces arrêts ont porté un énorme préjudice à ce méga-projet sportif allant jusqu’à menacer l’organisation même des Jeux Méditerranéens à car le stade olympique est l’infrastructure phare des compétitions de cet évènement sportif international de haut niveau.

Les autorités algériennes ont été ainsi contraintes d’intervenir directement dans ce dossier pour lever tous les blocages. En octobre 2014, une dérogation délivrée par le Premier-ministère avait permis la prorogation à titre exceptionnel de délais et d’exonération de l’entreprise chinoise des pénalités de retard.

Mais l’entreprise chinoise en charge de la réalisation du stade olympique d’Oran va ensuite compliquer la tâche aux autorités algériennes car elle n’avait pas cessé de demander la revalorisation du marché.

Une première demande d’actualisation du marché a été formulée par l’entreprise chinoise MCC pour compenser le retard cumulé de 15 mois entre la période qui sépare l’expiration de validité des offres (08/09/2007) et l’ordre de service de démarrage (21/12/2008).

Une deuxième Demande de révision des prix a été également déposée par la même entreprise chinoise pour couvrir la période entre le premier ordre de démarrage en décembre 2008 et la date de parution de la décision du Premier Ministère prorogeant à titre exceptionnel les délais en septembre 2014. Une troisième demande de d’indemnisation pour l’immobilisation du personnel et du matériel durant la période des arrêts qui avait atteint 28 mois a été également formulée par l’entreprise MCC laquelle avait exigé aussi une compensation pour la perte de change de la partie transférable estimée dans le cadre du marché à 67% survenue suite aux fluctuations du cours du dinar durant cette période.

Selon nos investigations, le montant global de la demande introduite par l’entreprise chinoise a été estimé à 3.643 Milliards de DA, soit l’équivalent de  25 millions de dollars USD.  Devant cette situation, le CNAT (centre d’études et animation de l’entreprise de bâtiment) a été sollicité pour un arbitrage concernant ce litige opposant la société chinoise MCC aux autorités algériennes. A cet effet, une expertise a été effectuée et a concerné uniquement  l’actualisation et la révision des prix du marché de réalisation des structures du stade olympique d’Oran. Le montant accordé par le CNAT est de 358 Millions de DA contre un montant de 1.8 Milliards de DA introduit par l’entreprise chinoise MCC, dont 238 millions pour l’actualisation et 120 Millions de DA pour la révision des prix.

Concernant l’immobilisation du matériel, du personnel et la perte de change, le CNAT avait fait savoir aux deux parties qu’il n’est pas habilité en la matière. Dans ce contexte, le gouvernement algérien a délégué une commission d’expert dépendante du Ministère des Finances afin de porter assistance au maitre de l’ouvrage pour statuer sur ce dossier dans les meilleurs délais possibles.

Le complexe olympique d’Oran se faisait ainsi l’objet d’une situation conflictuelle qui a failli compromettre la réception de ce projet dans les délais fixés. L’entreprise chinoise ne cessait de réclamer cette compensation pour lui permettre d’assurer un équilibre financier et redynamiser le chantier. Le groupe chinois MCC a également exercé d’autres pressions sur le gouvernement algérien en introduisant un autre projet d’avenant d’un montant de 4.200 Milliards de DA, soit l’équivalent de près de 30 millions de dollars USD, portant sur les travaux supplémentaires et complémentaires imprévus survenus au cours de la réalisation, répondant aux impératifs de l’introduction des nouveaux équipements, sachant que l’étude initiale a été élaborée en 2006.

Selon nos investigations, les autorités algériennes avaient fini par céder aux pressions du groupe chinois MCC et le maitre de l’ouvrage, la Direction des Equipements Publics de la wilaya d’Oran, a répondu favorablement aux réclamations du groupe chinois MCC. Pour ce faire, une demande de réévaluation de l’opération de financement de ce nouveaux complexe sportif avait été introduite auprès du Ministère des Finances afin d’assurer la couverture financière du bureau d’études chargé du suivi au titre de l’exercice 2019. En parallèle, une nouvelle prorogation des délais a été accordée à l’entreprise chargée de la
réalisation du projet jusqu’au mois de Mars 2020.

Au final, le complexe sportif olympique d’Oran a coûté plus de 14,05 milliards de Da, soit l’équivalent de 96 millions de dollars USD. Et c’est ainsi que toutes les embûches surmontées pour achever les travaux de ce stade olympique d’Oran qui pu être officiellement inauguré un jeudi 17 juin 2021 avec le match remporté par l’équipe des joueurs locaux de la sélection nationale de football (5-1) face au Liberia. Et depuis le 25 juin 2022, le complexe olympique d’Oran accueille les épreuves des Jeux Méditerranéens jusqu’au 5 juillet prochain.