Enquête. L’alimentation domine outrageusement le portefeuille des ménages algériens depuis des décennies

0
240

Le premier poste budgétaire des ménages algériens est l’alimentation. Et les dépenses alimentaires dominent le portefeuille des Algériennes et Algériens depuis des décennies. Cela signifie que l’inflation qui frappe de plein fouet les produits alimentaires en Algérie dure depuis des années et empêche ainsi les foyers algériens de diversifier leurs dépenses et leur consommation. Enquête.

Tout d’abord, il faut savoir que les dépenses des ménages sont les dépenses de consommation finale effectuées par les ménages résidents pour satisfaire leurs besoins quotidiens : nourriture, vêtements, logement (loyers), énergie, transport, biens durables (voitures notamment), santé, loisirs et services divers. Ces dépenses sont rendues possibles grâce aux revenus que perçoivent chaque année les ménages. 

En 2018, les ménages algériens ont reçu 12.244 milliards de DA de revenus bruts se décomposant entre 5.524 milliards de rémunération brute des salariés et 6.721 milliards de DA de revenus des entrepreneurs individuels (excédent brut d’exploitation). Sur ce montant, ils ont payé ou reçu en net les montants  des loyers, intérêts, impôts, assurances, assurances sociales ou autres transferts totalisant ainsi 1977,2 milliards de Da. Rien qu’en impôts directs, les ménages algériens ont versé en 2018 931 milliards de Da. Ils se sont acquittés également de 392 milliards de Da de prestations sociales-cotisations sociales.

Au total, les ménages algériens ont obtenu un revenu disponible brut de 11.835 milliards de DA. Ce revenu disponible a été utilisé en consommation finale pour 8.442 milliards de DA et a dégagé une épargne de 3.394 milliards, soit 16,7% du PIB. Force est ainsi de constater que les ménages algériens n’épargnent pas beaucoup leur argent et leur consommation finale demeure nettement supérieure à leur capacité d’épargner.

Maintenant, comment les ménages algériens dépensent leur argent ? Les chiffres sont éloquents car ils démontrent que l’alimentation dominent largement les dépenses quotidiennes des ménages algériens. En effet, la structure de la consommation montre clairement l’importance prise par deux postes, l’alimentation (produit de l’agriculture et de la pêche et Industrie agro-alimentaire) et les transports et communication. Les deux postes réunis totalisent 76,4% de la consommation des ménages en Algérie.

Ces proportions sont extrêmement élevées en raison, notamment, du fait que les loyers n’y figurent pas. Habituellement ceux-ci totalisent en effet un montant important dans la consommation des ménages parce que les loyers que se paient à eux-mêmes les ménages propriétaires y sont comptabilisés. Plus de 31 % des dépenses consenties par les ménages algériens vont pour les produits alimentaires. Ce taux pourrait encore augmenter si on approfondit davantage l’ensemble des dépenses liées directement ou indirectement à la nourriture et alimentation.

Cependant, force est de constater que cette tendance dure depuis des décennies. Pour preuve, plusieurs études de terrain menées sur la base de chiffres officiels recueillis par l’Office National des Statistiques (ONS) dévoile qu’en matière de consommation des algériens par groupes de produits, les ménages consacrent la plus grande  part de leurs budgets aux dépenses alimentaires avec des proportions d’environ 56 % et 51 % pour 1979/80 et 1988 respectivement. Quelques années plus tard, malgré cette décroissance de presque 5 points, les dépenses alimentaires occupent toujours la première place dans le cadre des priorités de la population algérienne.

Les dépenses de consommation alimentaires selon la catégorie socioprofessionnelle précisément pour l’année 1988 ont enregistré une part de 54.8 % chez les ouvriers et les
manœuvres suivi par 50.8 % pour les indépendants. Les cadres moyens et les employés consacrent la moitié de leurs budgets pour satisfaire leurs besoins alimentaires. La catégorie employeurs, cadres supérieurs et profession libérale ont occupé le dernier rang par un pourcentage de 42.6 %.

Entre 2000-2011, la proportion des dépenses du groupe intitulée alimentation et boissons
préservent continuellement le premier classement malgré une diminution d’environ 3 points après son passage de 44.6 % à 41.8 % au niveau national. Le secteur urbain a signalé une décroissance de 5 points passant de 45 % à 40 %. Le milieu rural a témoigné une modeste hausse de presque 2 points allant de 44 % à 46 %. Force est, par ailleurs, de constater qu’entre 2000 et 2011 ,les groupes de produits alimentations et boissons ainsi que la groupe intitulé logements et charges représentent plus des deux tiers des revenus des ménages algériens, ce qui laisse une faible marge pour les autres types de besoins qui ont connu une diminution sauf le groupe transport et communication qui a gagné une place en réalisant une hausse de 2.06 points après son passage de 9.4 % à 12 % pour les années 2000 et 2011 respectivement.

Il est à signaler enfin que la consommation des ménages représentait jusqu’à 45% du PIB, à savoir toute la richesse nationale annuellement créée, en 2020 en Algérie. Cette consommation des ménages a timidement repris en 2021, car les mesures de soutien du gouvernement n’ont pas pleinement suffi à contrer l’érosion du pouvoir d’achat des ménages par la forte inflation, liée aux prix des denrées alimentaires.