Enquête. La forêt menacée de disparition en Algérie l’équilibre physique et biologique du pays est en danger

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La forêt est un pilier de l’écosystème qui permet la vie dans un territoire déterminé. Or, en Algérie, ce pilier est menacé de disparaître à cause des gigantesques incendies qui ravagent chaque des milliers d’hectares alors que le pays fait face à une sécheresse inédite, une désertification alarmante et un recul inquiétant du tissu végétal. C’est tout l’équilibre physique et biologique du pays qui est réellement en danger. Enquête. 

Depuis le début du mois d’août 2022, il y a eu en Algérie près de 150 incendies, qui ont détruit des centaines d’hectares de forêts et de taillis. L’été 2021 a jusqu’ici été le plus meurtrier de l’histoire moderne algérienne : plus de 90 personnes avaient péri dans des feux de forêt ayant dévasté le Nord, où plus de 100 000 hectares de taillis étaient partis en fumée. Chaque été, le nord du pays est touché par des feux de forêt mais ce phénomène s’accentue d’année en année sous l’effet du changement climatique, qui se traduit par des sécheresses et des canicules.

Ces incendies font planer une énorme menace sur l’avenir des forêts en Algérie. Et pour cause, le patrimoine forestier se raréfie en Algérie ce qui risque de provoquer un déséquilibre écologique et environnemental sans précédent. Pourquoi ? D’abord, il faut savoir que 84% du territoire algérien est occupé par le Sahara. Cependant, les 16% restant se répartissent entre différentes qualités de sol ne laissant que quelques 250 000 km2
de superficie propice à la végétation dont seulement 41 000 km2 de couvert forestier. Cette superficie ne représente que 16% du nord de l’Algérie ou 1,7% de l’ensemble du territoire, ce qui est jugé insuffisant par de nombreux experts forestiers.

En effet, pour assurer l’équilibre physique et biologique du territoire, le taux de couverture forestière devrait s’élever à 28% du nord de l’Algérie soit environ 70 000 km2 ; le couvert existant ne représente donc que 57% de cet optimum.

Or, l’Algérie est loin, très loin de se conformer à ce standard et aucun effort promis par les autorités algériennes n’a pu permettre réellement le reboisement du pays. Les feux de forêt sont donc la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vaste car la situation de la végétation en Algérie ne cesse de se dégrader ces dernières années.

Il est à signaler à ce propos que près de 60% des espaces forestiers en Algérie sont occupés par les maquis, que l’on peut définir comme étant toute végétation ligneuse ne
dépassant pas 7 mètres de hauteur (arbustes, arbrisseaux, broussailles…). Selon les scientifiques spécialisés dans la protection de l’environnement, la prédominance des
maquis témoigne de l’état de dégradation des forêts algériennes. D’autres études scientifiques ont souligné l’irrégularité des formations forestières naturelles est caractéristique du territoire algérien. En effet, il a été observé dans les forêts algériennes de fortes variations tant en termes d’âge qu’en termes de types de végétation sont présentes au sein d’une même formation où l’on recensera généralement un mélange désordonné de feuillus et de résineux de tout âge et de toute taille.

Les forêts algériennes forment donc un espace naturel très fragile qui peut être facilement ébranlé et déstabilisé par des sinistres naturels. C’est un espace vulnérable et les autorités algériennes le savent depuis plusieurs années.  Preuve en est, une analyse de risques et de vulnérabilité aux changements climatiques des différents secteurs économiques en Algérie menée par Le Bureau National d’Etudes de Développement Rural « BNEDER », un organisme public spécialisé dans l’élaboration et la réalisation des études et enquêtes, visant la promotion et le développement du monde agricole et rural, et l’agence de coopération internationale allemande en 2018 a tenté d’identifier les risques tout en soulignant le manque de données.

Cette étude avait identifié les principaux facteurs de risque qui mettent en péril la survie des forêts en Algérie. Il s’agit du stress hydrique et la hausse de température dus au glissement des étages bioclimatiques. Leur impact reste incertain quant à la résistance de certaines essences, mais quasi certain quant à la propagation des feux de forêts, principale cause de la régression des superficies forestières en Algérie. La lutte contre les feux de forêts est marquée par l’insuffisance de fonds et le manque d’équipement en termes de système d’alerte contre les incendies. L’ensablement, les crues et les inondations provocant une dégradation des sols amplifiée par l’insuffisance des reboisements et des corrections torrentielles.

Et enfin la convoitise sur les espaces forestiers qui se traduit par les coupes de bois, le
défrichement de parcelles pour différents usages, l’arrachage de plantes
commercialisables ainsi que la « sur-fréquentation » des milieux forestiers provocants
une altération des biotopes et un changement des paysages. Face à toutes ces menaces, l’Etat algérien peine à déployer des dispositifs de protection qui pourront préserver le patrimoine forestier du pays. Et cette impuissance va coûter cher à l’Algérie car elle facilite la propagation des feux de forêt avec leurs bilans sinistres en termes de dégâts matériels et humains.