Enquête. Il n’y a pas que le solaire, les énormes enjeux de l’éolien en Algérie

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Si l’Algérie dispose de plusieurs expertises et études qui ont démontré l’importance de son potentiel dans l’énergie solaire, elle ignore encore l’étendue de son potentiel dans l’éolien qui est, pourtant, une source d’énergie renouvelable encore plus stratégique et pragmatique que le solaire. En effet, les éoliennes sont la première source de production d’électricité verte dans l’Union Européenne en 2020. Dans les pays de l’Union Européenne, c‘est surtout l’énergie éolienne qui constitue la source renouvelable la plus utilisée (14,4%). Derrière, on trouve l’énergie hydraulique (12,7%). L’énergie solaire ne représente que 5,2% de la production d’électricité. L’Algérie devrait donc miser sur l’éolien. Et pour ce faire, elle doit cerner réellement son potentiel concernant cette énergie renouvelable.  Enquête. 

La connaissance approfondie du potentiel éolien susceptible d’être exploité pour la production d’électricité, constitue une donnée essentielle pour tout dimensionnement d’une ferme éolienne et reste de ce point de vue, incontournable pour toute étude préliminaire dans ce sens. Le vent étant caractérisé par une variabilité temporelle et spatiale, différentes méthodes statistiques et techniques d’extrapolation des données sont appliquées pour l’étude du gisement éolien et l’établissement de l’atlas. Dans cette optique, le CDER, à savoir le Centre de Recherche dans le domaine des Energies Renouvelables en Algérie, a travaillé ces dernières années sur le développement de plusieurs cartes éoliennes de l’Algérie, qui sont continuellement mises à jour, en utilisant des données météorologiques récentes, collectées à travers un grand nombre de points de mesure.

Le CDER, créé en 1988, a publié récemment un atlas éolien afin de présenter la distribution de la vitesse moyenne (m/s) du vent sur le territoire algérien à 80 m de hauteur. Il y apparaît que celle-ci peut atteindre 7 à 8 m/s dans certaines régions du Sud, notamment à
Tindouf, Adrar et Ain Salah.

Pour une évaluation optimale de la ressource éolienne disponible sur un site donné, il est nécessaire de calculer la densité de puissance moyenne (W/ m2) du vent qui indique l’énergie disponible après conversion en électricité à la sortie d’un aérogénérateur. Partant du fait qu’un site est dit éligible à l’installation d’un parc éolien rentable s’il présente une densité de puissance comprise entre 300 et 400 W/ m2 à 50 m de hauteur, la carte présentée permet ainsi de bien situer les régions du pays favorables au développement de l’éolien.

Il convient de noter que le Ministère de l’Energie a également réalisé plusieurs études de potentiel (solaire et éolien) en collaboration avec le CDER, l’Office National de la Météorologie (ONM) et l’Agence Spatiale Algérienne (ASAL). Malheureusement, ces études aboutissent rarement à des concrétisations sur le terrain et l’énergie éolienne demeure ainsi rarement exploitée en Algérie. En 2014, l’Algérie a installé 77 éoliennes de pompage de l’eau sur les Hauts plateaux. Il s’agit de la ferme éolienne de Kaberten (Adrar) qui dispose d’une puissance totale installée de 10.2 MW. La ferme pilote de Kaberten affichait, en octobre 2015, les performances suivantes avec une production énergétique de 19 GWh et une durée de fonctionnement de 1900 heures.

A noter que certains jours la puissance fournie atteint sa puissance nominale à savoir 10.2 MW et la puissance moyenne consommée par chaque éolienne est de 10 kW environ. Par ailleurs, les vitesses du vent et la température enregistrées au niveau de la nacelle ont
montré que lorsque la température ambiante est supérieure à 46°C, les vitesses du vent sont faibles (inférieures à 5 m/s). La mise à l’arrêt des éoliennes lorsque la température est élevée s’est donc traduite par une perte globale de l’ordre de 10%.

Il faut savoir que selon un étude effectuée par l’European Wind Energy Association, le coût de l’électricité produite par une ferme éolienne en Europe varie de 5 à 6.5 € si la disponibilité de l’énergie éolienne est de l’ordre de 2900;H/an. Dans les sites où la disponibilité est faible, de l’ordre de 1700 H/an, le coût de cette électricité produite varie de 7 à 10 €. Il y a donc un enjeu majeur à développer l’éolien en Algérie.

Selon le premier Atlas Vent de l’Algérie établi par l’ONM en 1990, les vitesses les plus élevées sont de l’ordre de 6 m/s et sont localisées dans la région d’Adrar. Ces résultats, qui avaient étaient obtenus à partir d’un traitement statistique des données vent couvrant jusqu’à 10 années de mesures, sont la base des cartes éoliennes établies par
les chercheurs du CDER. Mais récemment, dans un nouvel Atlas éolien établi par l’ONM l’existence de sites ventés dans d’autres régions du Sud a été mise en évidence. Outre Adrar, les régions de Tamanrasset, Djanet et In Salah disposeraient d’un potentiel éolien exploitable.

Il est à noter enfin que lors de l’élaboration du premier Atlas, seules 36 stations météorologiques existaient alors que pour le dernier Atlas, le nombre de points de mesures est passé à 74. Cependant, étant donnée la superficie du territoire algérien, ce dernier chiffre reste faible. Des stations de mesures éoliennes complémentaires sont en cours d’installation. Le gisement éolien en Algérie est donc toujours en cours d’évaluation et les autorités algériennes devraient multiplier les investissements pour développer des projets qui apporteront une importante valeur ajoutée à la production énergétique du pays.