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jeudi, février 9, 2023

Enquête exclusive. Energie solaire : les manoeuvres mafieuses qui menacent de gâcher un méga-projet de 3,6 milliards de dollars en Algérie

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Le communiqué du conseil des ministres du 19 avril 2020 et aussi le communiqué de la réunion de travail du gouvernement du 20 mai 2020 ont annoncé le lancement en grande pompe d’un grand projet dans le secteur de l’énergie portant  sur la présentation par le Ministre de l’énergie, à l’époque Mohamed Arkab qui a cédé sa place depuis le 24 juin dernier à Abdelmadjid Attar le nouveau ministre de l’Energie au gouvernement, du projet de 4000 MW en PhotovoltaÏque que l’Algérie envisage de lancer. Il s’agit d’un méga projet de réalisation de centrales solaires photovoltaïques pour la production de 4.000 MW d’électricité d’un investissement allant jusqu’à 3,6 milliards de dollars. Les centrales solaires photovoltaïques, réalisées dans le cadre de ce projet, seront réparties sur une dizaine de wilayas et mobiliseront une surface totale de 6400 hectares environs.

Dans le communiqué de la Présidence il est mentionné que le Président de la République exhorte l’exécutif à la réduction de la facture des importations, à réduire notre indépendance aux exportations des hydrocarbures par la diversification économiques. Parmi les mesures annoncées par Monsieur le Président et sur lesquelles il a insisté étant l’orientation immédiate vers l’investissement dans les énergies renouvelable
destinées à l’exportation.

Et pour ce faire, dans le cadre de la transition énergétique qui est au cœur du plan d’action du gouvernement pour les prochaines années, le secteur de l’énergie prévoit le lancement d’un méga projet, appelé TAFOUK1, pour la réalisation de centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 4.000 MW sur la période 2020-2024, a précisé la même source. Ce projet nécessiterait un investissement compris entre 3,2 et 3,6 milliards de dollars et devrait créer 56.000 postes d’emplois pendant la phase de construction et 2.000 autres durant l’étape d’exploitation, avait expliqué le communiqué de la réunion du Conseil des ministres tenue le 20 mai dernier.

Extrait du Texte de ce communiqué  : « Le Président Tebboune a insisté également sur la nécessité de s’orienter immédiatement vers l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables pour l’exportation afin d’immuniser notre indépendance économique contre toute éventualité pouvant se produire sur le marché pétrolier ».

La même idée est rapportée dans le communiqué imputé aux services du Premier-ministre précisant que  » Outre la satisfaction de la demande nationale d’énergie et la préservation
de nos ressources fossiles, la réalisation de ce projet permettrait, de se positionner sur le.
marché international, à travers l’exportation de l’électricité à un prix compétitif, ainsi
que l’exportation du savoir-faire dans ce domaine »

Des intentions louables, mais… 

Certes, l’orientation de Monsieur le Président est louable à plus d’un titre. Cependant, Algérie Part a découvert au cours de ses investigations qu’il y un véritable danger sur lequel nous voudrions attirer l’attention de nos lecteurs et lectrices. Un danger concernant une  manœuvre mafieuse fomentée par le PDG de SONELGAZ, Chaher Boulakhras, soutenu par l’ancien ministre de l’Energie, Mohamed Arkab. En vérité, les dessous de ce qui a été présenté comme un projet ambitieux et futuriste est  est en « totale opposition » avec les objectifs recherchées par la politique voulue et souhaitée par le Président de la République.

Sachant pertinemment qu’il n’y aura aucune exportation d’électricité d’origine renouvelable, l’objectif inavoué vise en réalité que la dilapidation des deniers publics au
profit d’une organisation mafieuse et aussi elle n’aura pour conséquences que d’augmenter
la facture des importations sans apport conséquent pour l’économie du pays.

Le stratagème de l’actuel PDG de SONELGAZ, Chaher Boulakhras, est le suivant :

Faire comme s’il est en train d’appliquer les orientations du Président de République en lançant un appel d’offres pour la réalisation de 4000 MW pour la réalisation de
centrales électriques photovoltaïques durant la période 2021 -2024.  La réalisation de ces centrales sera attribuée dans le cadre de la formule EPC par une filiale de Sonelgaz-Sonatrach.

EPC signifie Engineering Procurement and Construction qui se traduit en français par Ingénierie, Approvisionnement et Construction. L’EPC peut être défini sous une forme d’entente contractuelle qui sera utilisée entre deux parties : l’industrie ou MOA, et le contractant en fonction du secteur d’activité concernant l’offre. On retrouve ce type de contrat en particulier au sein des entreprises de génie civil, de l’énergie, des mines …

Le maître-d’ouvrage ou appelé le MOA fournit au contractant EPC les spécifications techniques et fonctionnelles du projet, et ce dernier a en charge de réaliser l’ensemble des tâches (conception, approvisionnement, mise en opération…) pour livrer le projet dans un état opérationnel à son client. La spécificité du contrat EPC c’est que le contractant s’occupe de l’ensemble du projet, de l’installation, des matériaux nécessaires puis de la réalisation soit directement soit en sous-traitant une partie des travaux. Il porte la responsabilité du projet. Le responsable du projet (MOA) en contrat EPC fournit au contractant une conception détaillée comprenant des spécifications techniques et fonctionnelles lui permettant de construire et de livrer le projet, dans un délai spécifié. C’est pour cette raison que les contrats EPC sont souvent appelés « projet clé en main ».

Il s’avère que dans le monde d’aujourd’hui, le mode de passations des marchés en
EPC est révolu en raison du transfert des risques liés aux performances et qualité
des équipements. Mais, malheureusement, la direction générale de Sonelgaz et à sa tête son PDG  manigancé avec la complicité et passivité de Mohamed Arkab pour convaincre les autorités algériennes d’implication de Sonatrach dans l’actionnariat de la société qui prendre en charge en tant qu’investisseur d’une grande partie du programme 4000 MW sous la formule EPC et dans le but de disposer de Sonatrach comme un garant des prêts et des payements sans lui accorder le droit de regard puisque la compagnie nationale des hydrocarbures sera limitée à 49% de parts dans l’actionnariat de ce projet ambitieux. Une tactique très malicieuse et, surtout, dangereuse.

Des consultations restreintes au lieu des appels d’offres 

Et pour cause, nous avons appris au cours de nos investigations que pour pour déjouer la compétition, l’actuelle direction générale de Sonelgaz demandera des autorisations
au pouvoirs publics  de lancer des consultations restreintes au lieu d’Appels d’offres
ouverts et transparents.

A aucun moment, la Sonelgaz ne fixera un plafond de prix pour le Kwh produit issu des Appels d’offres, car ceci est l’élément clé de son stratagème.  Les hauts responsables de Sonelgaz comptent demander à ce que l’Etat subventionne le tarif  de l’électricité pour compenser le différentiel entre le prix de revient et le prix de vente à la distribution. Il s’agit de mettre en place des mécanismes de compensation de la distribution entre le
prix d’achat et de vente. Un mécanisme financé par le Trésor Public.

C’est la preuve irréfutable que ce projet ambitieux n’envisage aucunement d’obtenir à travers « des Appels d’offres ou consultations » planifiés des prix du kwh sans recours à une intervention du Trésor Public.  Or, tous les professionnels des énergies renouvelables  savent pertinemment qu’obtenir aujourd’hui des tarifs du kwh  à moins de 4 DA le Kwh (entre 2 et 3 cUS$/kWh) est très envisageable voire même possible compte tenu de l’évolution des prix des équipements du photovoltaÏque dans le monde d’autant plus que  certains composants peuvent être fabriqués en Algérie à des prix très compétitifs comme les supports.

 

D’après nos investigations, le PDG de Sonelgaz planifie aussi à ce que le prix du kwh issu des appels d’offres soit élevé, comme il a toujours opéré à l’exemple des résultats des consultations directes lancés en 2013 sous son règne  ayant abouti pour les 343 MW
photovoltarques à un prix à l’époque de plus de 9 DA le Kwh et aussi en 2018 avec
les 50 MW photovoltaïques ayant abouti à un prix entre 13,6 et 15,5 DA le Kwh rendant ainsi possible la surfacturation à travers les équipements et panneaux
importés par des sociétés privés comme les sociétés EPC ou les revendeurs de
panneaux aux sociétés IPP avec qui l’actuel PDG de Sonelgaz et l’ancien ministre de l’Energie Mohamed Arkab entretiennent toujours des contacts permanents et des relations douteuses et qui sont pour la plus part d’entre eux des opérateurs chinois (SlNOHydro et autres ) ou comme l’allemand TRACTEBEL.  Sans parler du réseau de sous-traitance locale composé d’opérateurs privés qui bichonnent particulièrement les dirigeants de Sonelgaz en contrepartie de l’octroi de contrats de travaux d’aménagement et de génie civil.

Un partenaire étranger choisi en toute opacité 

D’autre part, nous avons découvert au cours de nos investigations que la direction générale de Sonelgaz, pour se faire passer comme étant un fervent promoteur de la création et du transfert du savoir-faire, envisage la création en joint-venture d’une société pour l’exploitation et maintenance des centrales photovoltaïques (une JV – O&M) avec un partenaire étranger dont le choix risque de se faire dans une totale opacité et sans aucune procédure de concurrence loyale.  Ce qui ne fera qu’augmenter la facture des importations des services au lieu de la réduire comme le réclame tant Abdelmadjid Tebboune.

Dans la deuxième partie de notre enquête, nous reviendrons sur les mensonges éhontés diffusés par Mohamed Arkab et le PDG de Sonelgaz autour de ce méga projet de réalisation de centrales solaires photovoltaïques pour la production de 4.000 MW d’électricité d’un investissement allant jusqu’à 3,6 milliards de dollars. Un projet à travers lequel Mohamed Arkab et l’actuelle direction générale de Sonelgaz ont fait croire à Abdelmadjid Tebboune que l’Algérie pourra réellement exporter de l’électricité produite par des centrales solaires à l’étranger. Un pur mensonge que nous allons démontrer dans le deuxième épisode de notre enquête. A suivre…

 

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