ENQUETE EXCLUSIVE – DOCUMENTS – Les Affaires Opaques de la Famille Allab en Tchéquie

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Les Affaires et la politique n’ont jamais fait bon ménage en Algérie, à tel point que la vie politique a été transformée en une surprenante chronique judiciaire. Il n’y a qu’a se rappeler le scandale Khalifa, ou celui plus récent des Haddad, Tahkout ou Kouninef, qui ont fini par précipiter des dizaines d’hommes d’affaires en prison, charriant avec eux de Hauts gradés de l’Armée et responsables politiques et même deux premiers Ministres que sont Ouyahia ou Sellal.

Auteur : [email protected]

Cette collusion entre le monde opaque de l’argent et le pouvoir autoritaire algérien aura couté des Milliards de Dollars à l’économie du Pays et causé un retard dans son développement économique dont les effets se font cruellement ressentir par la quasi majorité des citoyens algériens.

Les hautes autorités du Pays doivent prendre des mesures fortes et efficaces pour moraliser la vie publique afin que ces situations ne se reproduisent plus à l’avenir, en blacklistant et en condamnant à de fortes amendes les sociétés et individus auteurs, directement ou indirectement impliqués dans de tels actes criminels contre l’Algérie en y associant, directement ou indirectement, des politiques et des hommes d’affaires véreux. En voici un exemple.

Nacereddine Allab, frère ainé de Kheir Allab, est un homme d’affaires né en Octobre 1962 à Bordj Ghedir dans la Wilaya de Bordj Bouareridj. Il vit dans la ville de Prague depuis de nombreuses années, où il a fini par obtenir la nationalité Tchèque après son mariage.

A la tête de nombreuses sociétés, Nacereddine et son épouse Marcella Allabova (le suffixe Ova féminisant le nom de famille en Tchéquie), née en Janvier 1970 en Tchéquie, sont associés dans la majorité des affaires que la famille Allab a créé en Tchéquie.

Il en est ainsi de la société Sentrax dont nous avons parlé dans une autre édition, mais également de la société Marsano sro, créée au mois de Février 2013 à Prague par Nacereddine et Marcella avec comme associé Abdelhamid Allab, né en Décembre 1967 à Bordj Ghedir, résident en Algérie et de nationalité algérienne.

Cette société, qui a pour objet le commerce, le service et la location de biens immobiliers, possède un capital dépassant les 20 Milles Euros détenus à 70 % par Abdelhamid Allab avec plus de 14000 Euros d’actions, le reste étant partagé à parts égales entre les deux époux Nacereddine et Marcella.

Au mois d’Octobre 2015, les deux frères Allab donnent, par procuration établie en Algérie, à Marcella Allabova le pouvoir de céder leurs parts dans la société Marsano à plusieurs associés.

Parmi eux, Tewfik Sellal, né en Mars 1968 à Constantine et proche parent de l’ex premier Ministre Abdelmalek Sellal aujourd’hui emprisonné. Mais également à Bougerra Hachmi, né en Mai 1967 à Constantine, à Abdelhamid Benameur né en Février 1980 à Constantine, Yahia Touati né en Avril 1966 à Constantine et les deux frères El Amine et Abdelali Lounis, nés respectivement en Janvier 1980 et Décembre 1984.

Toutes ces personnes sont résidentes en Algérie, car elles y ont le centre principal de leurs activités économiques…

Inutile de rappeler à nos lecteurs que la règlementation des changes algérienne est une réglementation de contrôle stricte des mouvements de fonds entre l’Algérie et l’étranger dans le but de maintenir l’équilibre de la balance des paiements de l’Algérie.

L’article 126 de l’ordonnance 03-11 du 26 août 2003 relative à la monnaie et au crédit modifiée et complétée interdit formellement aux résidents la constitution de tout avoir, qu’il soit immobilier, mobilier, fiduciaire ou bancaire, à partir de fonds provenant d’Algérie, sauf autorisation expresse de la Banque d’Algérie.

La Banque centrale a publié le 3 février 2007 une prescription claire spécifique aux règles applicables aux transactions courantes avec l’étranger et aux comptes devises, il s’agit du règlement 07-01 du 03 février 2007, ci-après « règlement 07-01 ». A cet effet, l’article 8 dudit règlement dispose ce qui suit : « Hormis les cas expressément prévus par l’article 126 de l’ordonnance n°03-11 (…), la constitution d’avoirs monétaires, financiers et immobiliers à l’étranger par les résidents à partir de leurs activités en Algérie est interdite ».

En 2015, l’Algérie a assoupli sa réglementation en autorisant l’investissement à l’étranger sous certaines conditions.

En effet, l’investissement doit être en « rapport avec l’activité de l’opérateur économique de droits algériens concerné ; doit avoir pour objectif de consolider et de développer cette activité ; ne doit pas porter sur des opérations de placements ou sur des biens immobiliers autres que ceux correspondant aux besoins d’exploitations des entités créées à l’étranger ou faisant partie intégrante de leur activité. »

L’opérateur algérien doit également être un exportateur régulier, l’investissement doit être réalisé dans un pays « qui est transparent sur le régime fiscal ; dont la législation n’empoche pas l’échange d’informations et qui coopère avec les autres États en matière judiciaire et fiscale ! Mais est-ce le cas des associés de la famille Allab ?

Les nouveaux associés de la société Marsano n’ont jamais réunis les conditions exigées par la législation algérienne, ni demandé ou obtenu l’autorisation de la Banque d’Algérie

En Juillet 2017, Tewfik Sellal, Hachmi Bouguerra et Abdelouahid Benameur donnent procuration à Hocine Belaid, né au mois de Juillet 1957 et demeurant à Prague, afin de céder leurs actions à Salim Troudi, né en Juin 1960 à Sidi Okba, Biskra.

Salim Troudi, est un opérateur franco-algérien qui a défrayé la chronique, avec le scandale de l’importation, puis l’exportation, puis la réimportation de la tomate concentrée en 1996 à travers deux de ses sociétés, Sud Agro et Palmier d’Or, dans le cadre du remboursement de la dette algérienne auprès de la Russie. Il a été condamné à des amendes et à des peines de prison en Algérie dans plusieurs affaires liées à des opérations commerciales…

De son côté, Salim Troudi donne, en Octobre 2017, procuration à Mezazigh Amine, né en Juillet 1977 à Constantine, aux fins de de signer pour lui les documents nécessaires à cette transaction, ou aucun des protagonistes n’était finalement présent à cet échange d’actions…

Rappelons que le non-respect des dispositions prévues par la Banque d’Algérie, notamment la détention d’avoirs par un résident dont la provenance est liée à des activités réalisées en Algérie peut être qualifiée comme étant une infraction à la réglementation des changes donnant lieu à des sanctions.

Les sanctions prévues par l’ordonnance n° 96-22 du 9 juillet 1996 modifiée et complétée relative à la répression de l’infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger, peuvent aller à une peine de prison allant de deux (02) à sept (07) ans, une amende qui ne saurait être inférieure au double de la somme sur laquelle a porté l’infraction et la confiscation du corps du délit et des moyens utilisés.

Algeriepart a divulgué le nom de dizaines d’entrepreneurs algériens résidents auteurs de cette infraction, sans que jamais aucune communication des autorités judiciaires ne soit venue attester des suites accordées à ces affaires de transferts illicites.

Bien évidemment nous continuerons à apporter à l’opinion publique des enquêtes fouillées et documentées, et veillerons à révéler à nos lecteurs l’ampleur de la saignée du trésor publique dans d’autres affaires à venir impliquant Bouzeghaya Rabah, Cherchali Abdelaziz, Cherfaoui Abdelhamid et bien d’autres encore…

A suivre !