Enquête exclusive. Comment le ministre Bernaoui a détourné à son profit une partie Centre sportif Féminin de Ben Aknoun

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    En Algérie, les hommes du pouvoir sensés servir le Pays, ont presque tous utilisé le poste qu’ils occupaient pour s’aliéner des privilèges en enfreignant les lois, les codes d’éthiques et la morale. Si aucun secteur n’a été épargné, celui du sport est édifiant par l’ampleur des fléaux de rapine, d’abus de pouvoir et de prédation.

    La récente cession de l’unité Golf par l’Office du complexe olympique (OCO) Mohamed Boudiaf au profit de la Société Sonatrach en est le parfait exemple.

    L’article 2 de l’arrêté ministériel du 25 juillet 2018 fixant la consistance physique du complexe olympique, publié dans le Journal officiel n°53 du 2 septembre dernier et signé par l’ancien Ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab, le complexe olympique comprend: le stade du 5 Juillet et ses annexes; le stade annexe ; le complexe nautique ; le tennis club ; la salle omnisports ; le centre sportif féminin ; la salle Harcha Hacen ; la piscine du 1er Mai ; la piscine El Kettani ; la salle Algeria-sports ; le centre de tennis de Bachdjarah.

     

    Dans son article 3 le texte précise que « toutes les dispositions contraires au présent arrêté sont abrogées, notamment les dispositions de l’arrêté interministériel du 23 avril 1995 portant délimitation et fixant la consistance du complexe olympique et de ses structures ».

    Or l’arrêté du 23 Avril 2015 mentionne bien le terrain du Golf comme vous pouvez le constater ci-après.

     

    Comment a pu s’opérer ce tour de passe-passe consistant à faire disparaitre pas moins de 30 hectares au cœur de la capitale ? Rien de plus facile.

    Alors qu’il était encore Premier Ministre, Ahmed Ouyahia avait transmis un courrier au Ministre de la Jeunesse et des Sports, le sommant tout simplement de céder l’unité Golf à Sonatrach sur instruction du Président de la République, Abdelaziz Bouteflika…

    Depuis, la Issaba est en prison, nous a-t-on dit, et les choses auraient changé nous assure-t-on à la télévision d’Etat. Pourtant, le dépècement du patrimoine de l’OCO lui continue.

    Le centre féminin de Ben-Aknoun, inauguré en 1978, a toujours eu pour but de promouvoir et développer la pratique sportive féminine à travers plusieurs disciplines dont la natation, la gymnastique, le footing ou encore les sports de combat.

    La gestion de ce prestigieux centre sportif, d’une superficie de 1,812 hectares, est assurée par l’Office du Complexe Olympique (OCO) « Mohamed Boudiaf », sous tutelle du Ministère de la jeunesse et des sports (MJS).

    L’actuel Ministre de la jeunesse et des sports, M. Bernaoui Raouf Salim, ancien escrimeur, entraineur d’escrime et Président de la Fédération Algérienne d’Escrime, a récemment décidé de ‘’détourner’’ une partie de la seule enceinte sportive féminine à l’échelle nationale, pour la mettre à la disposition de la Fédération Algérienne d’Escrime (FAE), qui pourtant détient deux salles, l’une au centre sportif de Ghermoul et la seconde à la salle fédérale d’El Mouradia.

    En effet, le 23 Octobre 2019, Bernaoui a procédé à la signature de plusieurs conventions entre plusieurs fédérations sportives, dont celle d’escrime, et le complexe sportif Mohamed-Boudiaf afin de leur permettra d’exploiter les infrastructures de l’OCO.

    Il y a lieu de rappeler que malgré sa nomination en qualité de premier responsable du sport algérien dans l’administration Bedoui, il y a plus de sept mois, Bernaoui est toujours à la tête de la Fédération nationale d’escrime ! Conflit d’intérêt ?

     

    Cette décision pour le moins surprenante, a été dénoncée par les employés de l’OOCO et leur syndicat pour “dénoncer de graves manipulations qui risquent de mettre leur avenir en péril”.

    Dans un communiqué rendu public la section syndicale de l’OCO dénonce ‘’certaines fédérations et leurs responsables qui ne cessent de s’acharner contre l’office dans un but de prédation”.

    Les employés ont interpellé les autorités du pays pour préserver le cadre de travail dans lequel ils exercent.

    Pour les adhérentes du Centre sportif Féminin de Ben Aknoun, la décision du Ministre annonce la fin de leurs séances de gymnastique.

    ‘’Pour pouvoir accéder à leur nouvelle salle, les escrimeurs devront passer par la salle de gym féminine, ce qui rend impossible la pratique sportive pur les adhérentes du centre !’’ nous confirme le personnel du centre.

    Pourtant, aucune des prérogatives du Ministère de la Jeunesse et des Sports ne permet de décider de la mise en concession de biens publics, dépendant de l’Office du complexe olympique Mohamed Boudiaf, au profit des fédérations sportives algériennes.

     

    Mieux encore, l’OCO qui est un établissement public, est commerçant dans ses relations avec les tiers, comme le confirme l’article 2 du décret 15/75 du 16 février 2015 portant statut de l’OCO ci-après.

     

    Sur quelles bases juridiques s’est donc appuyé le Ministre algérien pour désigner des fédérations comme bénéficiaires de locaux appartenant à l’OCO ?

    Nombreux sont ceux qui considèrent que cette décision d’affectation d’une partie du centre sportif féminin constitue un abus de pouvoir qui va, non seulement compromettre l’avenir des 580 employés de l’OCO dont les salaires dépendent de l’exploitation de ses structures, mais également priver les centaines d’adhérentes d’un unique espace sportif convivial.

    Alors que le gouvernement actuel est sur le départ, Bernaoui qui va retourner à son ancienne activité au sein de la Fédération algérienne d’escrime, aurait-il pris cette discutable décision pour préparer sa réinstallation future au sein du centre féminin à Ben-Aknoun au détriment des nombreuses sportives ?

    Bernaoui Raouf Salim

    Faisant partie du patrimoine de l’Etat, la cession des unités de l’OCO décidée par Bernaoui, affecte également l’équipe féminine senior de handball du club d’El Biar qui évolue en division excellence et qui utilise, depuis plus de 10 années, la salle du centre féminin de Ben-Aknoun.

    Belaid Ait Hocine, Président du HBC El Biar, a déclaré à la presse que son équipe aura du mal à s’entraîner et se préparer pour la saison de handball 2019-2020 malgré une convention signée entre la direction de l’OCO et son équipe qui caracole depuis de nombreuses années dans les compétitions nationales.

    L’Escrime, discipline sportive mineure au même titre que beaucoup d’autres, souffre de l’absence de salles d’entraînement, de centres d’hébergement, de moyens de récupération, n’est pas une discipline dans laquelle l’Algérie excelle.

    Bernaoui, qui est né le 11 Novembre 1975 le sait bien, lui qui préside la FAE depuis 2013 et ce jusqu’en 2020. Alors qu’il est actuellement classé 551éme par la Fédération Internationale d’Escrime (FIE) il n’a jamais pu aller au-delà de la 128ème position mondiale et ce en 2004/2005. De même pour son frère Nacim Islam actuellement arbitre d’escrime a-t-on appris durant notre enquête.

    Hormis les compétitions organisées en Algérie, les escrimeurs algériens ne sont pas favorablement classés dans la liste de l’escrime mondial.

    A l’épée, la seule femme est classée chez les séniors 121éme mondiale pour la saison 2019/2020, alors que pour les séniors Messieurs le représentant algérien pour l’épée se classe à la 128ème place mondiale !

    Le Ministre de la Jeunesse et des sports aurait pu lancer la construction d’un centre sportif dédié à cette discipline comme à d’autres parents pauvres du sport national. Il avait toute latitude pour faire bénéficier les jeunes escrimeurs prometteurs d’une préparation optimale pour les échéances des jeux méditerranéens d’Oran et Olympiques de Tokyo à venir. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

    Une enveloppe de 600 millions d’euros a été pourtant mobilisée par l’État algérien pour la réalisation de nouvelles infrastructures sportives et la réhabilitation d’autres.

    ‘’Il semble plus simple de se servir dans le patrimoine de l’Etat, que de se lancer dans l’édification et la mise place de centres sportifs quand on est Ministre de la République. Dût-on priver des centaines de jeunes filles et de dames d’un centre sportif qu’elles fréquentent depuis plusieurs décennies’,’ résume avec beaucoup de déception une adhérente du centre sportif féminin.

    Finalement rien n’a changé en cette veille de 1er Novembre. Ceux qui ont été désignés à la tête de l’Etat, se sont toujours servis au lieu de servir !