Enquête. Vaste détournement de logements sociaux, locaux commerciaux et lots de terrains à Tiaret par des responsables de la wilaya et de la Daïra

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Les problèmes de l’agence de wilaya de gestion et de régulation du foncier urbain de la wilaya de Tiaret alimente encore une troublante actualité, a pu constater Algérie Part au cours de ses investigations.  Après l’énorme scandale de 2020 qui a coûté cher à l’ex-directeur de l’agence foncière, son adjoint, le directeur de cadastre et le directeur de la conservation foncière de Tiaret en raison de leur implication avérée dans des pratiques occultes générées par certaines attributions de lots de terrain à bâtir, un autre scandale vient ébranler l’agence foncière et la daïra de Tiaret. Les deux principaux protagonistes de ce nouveau scandale sont le directeur de l’agence de gestion et régulation du foncier urbain, Bensaid Abdelkader et le chef de la daïra de Tiaret, Mansouri Saïd. Il s’agit selon les investigations menées par Algérie Part d’une scabreuse affaire qui mêle trafic d’influence, enrichissement illicite et abus de pouvoir. Révélations avec documents à l’appui. 

La genèse de l’affaire remonte au début de ce mois d’avril, lorsqu’un émigré résident en France, a rapporté des révélations fracassantes sur les réseaux sociaux pour dénoncer vigoureusement les dépassements mafieux du directeur de l’agence de gestion et régulation du foncier urbain.  Ayant appris que la mis en vente par l’agence de gestion et de régulation foncière et urbaine de Tiaret de certains locaux commerciaux, ainsi que des appartements, ce citoyen s’est rapproché de ses services pour procéder à un versement d’une somme équivalent à 500 millions de centimes, à savoir 5 millions de Da, représentant les deux tiers de la totalité du prix du local commercial situé au 32 logements LSP à Tiaret.

Mais visitant le local commercial, cet acheteur a découvert que les travaux n’ont pas été achevés par l’entreprise en charge du chantier. Agacé par cette situation, l’infortuné acheteur se sent trompé et décide de saisir à maintes reprises la direction de l’agence de gestion et de régulation foncière et urbaine de Tiaret. Confronté au départ au laxisme de cette dernière, il finit par bénéficier d’une proposition de compensation en contrepartie d’un lot de terrain. Il procède dans ce contexte à un désistement pour introduire une demande de remboursement en date du 15 juillet 2021 comme le confirme la fiche technique de la somme à rembourser. Celle-ci indique que le montant consigné est de l’ordre de:4.495.412,84 DA et un total de charges fiscales s’élevant à 504.587,16 DA.

Quelques jours plus tard, l’acheteur infortuné découvre que le local commercial en question a été vendu à la femme du directeur ! L’enquête menée par Algérie part sur ce dossier a permis de découvrir que les suspects ont profité aussi de leurs fonctions pour s’attribuer mutuellement de logements sociaux participatifs (LSP) par des moyens détournés.

Un document officiel en date du 21 décembre 2021 dont Algérie part détient une copie, démontre que le directeur de l’Agence de wilaya de gestion et de régulation du foncier urbain (AWGRU)  et le chef de daira de Tiaret ont abusé de leurs fonctions pour favoriser des indus bénéficiaires de logements sociaux participatifs LSP en violation complète des lois et règlements régissant leur attribution. Et pour ce faire, ils ont usé de stratagèmes consistant à remplacer des personnes désistées de la liste nominative des 118 logements LSP par des souscripteurs récents. A la surprise générale, parmi les heureux bénéficiaires, nous retrouvons comme par hasard le petit frère du directeur de l’AWGRU de Tiaret qui a obtenu un logement en contournant toutes les démarches réglementaires alors que plusieurs souscripteurs attendent depuis des années pour bénéficier d’un toit décent.

Cette attribution de nouveaux logements est intervenue dans une période troublante car l’Assemblée Populaire Communale (APC) de Tiaret n’était pas encore installée et en aucun cas le chef de daïra, représentant officiel du Wali, ne devait signer les décisions de remplacements des bénéficiaires de logements sociaux sans se référer à la délibération de l’APC de Tiaret comme le stipule la réglementation en vigueur.

Nos investigations ont permis de dévoiler une autre affaire troublante. Selon l’état de paiements des postulants à l’achat des 90 villas, la fille du chef de daïra de Tiaret, une  étudiante à l’université de Tiaret, a pu acheter une villa au niveau de la cite « CIA colline » situées sur les hauteurs de la ville de Tiaret au prix de 2,2 milliards de centimes, à savoir 22 millions de Da. Comment une simple étudiante peut-elle posséder une somme aussi onéreuse et conséquente ?

Les investigations d’Algérie Part ont permit aussi de découvrir que l’actuel secrétaire général de la daïra de Tiaret a bénéficié en 2016 d’un logement participatif aidé (LPA) alors que son épouse, fonctionnaire à l’inspection générale de la wilaya de Tiaret, avait déjà bénéficié d’un logement LSP à la cité des 118 logements de Tiaret. A la lumière de toutes ces révélations,  les responsables locaux sont appelés à rendre des comptes. Qu’attendent les services de sécurité pour enquêter profondément sur « ces malfrats » ?