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lundi, février 6, 2023

Documents exclusifs. Quand une grande multinationale dénonce la corruption et le truquage des marchés publics en Algérie

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Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations des nouveaux documents qui dévoilent les dessous d’un scandale de corruption et de dilapidation de l’argent public autour d’un important marché public portant sur l’acquisition et la fourniture de bobines d’acier pour la fabrication de tubes et canalisations indispensables pour SONATRACH dans son activité de transport par canalisations des hydrocarbures depuis les gisements du sud du pays jusqu’aux sites de production et de transformation du nord du pays. Mais une fois n’est pas coutume, c’est une société étrangère, une importante et puissante multinationale, qui a dénoncé ouvertement les trucages opérés au niveau de ce marché public pour soutirer des pots-de-vin et des douteuses commissions. Révélations.

Oui, cette multinationale s’appelle ArcelorMittal, à savoir le premier et plus grand groupe sidérurgique mondial. Son siège social est installé à Luxembourg. Il est le plus important producteur d’acier au monde et ses revenus dépassent les 76 milliards de dollars USD. L’entreprise ArcelorMittal, née en 2006 du rachat d’Arcelor par le groupe indien MITTAL, est aujourd’hui entre les mains de Mittal fils, Aditya, nommé directeur général en 2016.

Au mois de juin 2021, ce géant mondial à travers sa fililale ARCELORMITTAL FLAT CARBON EUROPE SA a adressé plusieurs correspondances aux autorités algériennes pour dénoncer les manipulations illicites et immorales d’un important marché. Ces correspondances ont été adressées au ministère de l’Industrie ainsi qu’à l’Office Central de la Répression de la Corruption (O.C.R.C) et plusieurs autres services ou organismes gouvernementaux algériens. Algérie Part a pu obtenir des copies de ces correspondances qui dénoncent clairement des tricheries visant à privilégier une société étrangère au profit de toutes ses concurrentes en course pour remporter un important marché de fourniture de pipelines conçus par une société étatique algérienne au profit de Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures.

Ce marché a été lancé par ALFAPIPE,  une filiale du groupe IMETAL spécialisée dans la fabrication de tubes en acier soudés en hélicoïdale à l’arc sous flux solide de grade API-5L maxi X80 PSL2 (L555 PSL2), d’une gamme de diamètres comprise entre Ø16’’ (406,4mm) et Ø80’’ (2032mm).et d’épaisseurs variable entre 6.35 mm et 25.4mm, revêtus extérieurement en polyéthylène HDPE tricouches et intérieurement en époxy liquide ou époxy alimentaire. En langage plus accessible au commun des mortels, ALFAPIPE est une société publique spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de pipelines destinées au secteur des hydrocarbures et d’hydraulique à l’échelle nationale.

ALFAPIPE avait décroché en 2020 auprès de la Sonatrach  un contrat commercial pour la fourniture de 535,4 km de tubes de différents épaisseurs et tailles. La valeur finale du contrat est de 15, 2 milliards de Da. Le contrat contient trois projet :

1. RGZ2 diamètre 40’’ SC4/NADOR –TA/ARZEW
2. ROB1 diamètre 24’’ HEH-SP1 Bis Djamaa
3. ROD1 diamètre 16’’ EL BORMA –MESDAR

Pour réaliser ce contrat, le 03/01/2021 ALFAPIPE a lancé le premier appel d’offres
national et international ouvert (AO/12/2020) pour l’acquisition de 104 735,79 tonnes de bobines d’acier, qui sont la principale matière première pour la production de tubes des projets RGZ2 et ROB1. Apres l’ouverture des plis et l’évaluation des offres des trois soumissionnaires ont été sélectionnés. Il s’agit du géant ARCELOR Mittal, le plus important producteur d’acier au monde basé au Luxembourg, du fabricant sud-coréen POSCO International et d’un courtier commercial allemand appelé PRIMEX STEEL TRADING.

ArcelorMittal a participé ainsi à trois appels d’offres.  Premier appel d’offre janvier 2021
Projets RGZ2 et ROB1 : 104 000 tonnes. Le géant mondial avait formulé une offre de 71 497 190.00 euros. Une offre qui avait été jugée la moins disante. Mais, à la surprise générale, cet appel d’offres avait annulé et la raison évoquée par ALFAPIPE fut : “PRIX TROP élevés“.

Un deuxième appel d’offres a été lancé au mois de février 2021 concernant les projets RGZ2, ROB1, ROD1 pour une quantité de 115 000 tonnes d’acier.  ArcelorMittal formule une offre de 79 969 290.00 euros. Et cette offre a été jugée pour la deuxième fois la moins disante. Et pour la deuxième fois consécutive, cette appel d’offres a été annulé pour la même raison évoquée lors du premier marché, à savoir : “PRIX TROP ELEVES “.

Un troisième appel d’offres a été lancé au mois de mai 2021 toujours pour les projets RGZ2, ROB1, ROD1 avec pour une quantité recherchée de 115 000 tonnes. Et cette fois-ci, les hauts responsables de la société publique ALFAPIPE ont choisi un autre opérateur étranger, il s’agit du trader PRIMEX STEEL TRADING  qui a été désigné vainqueur pour un montant de 122 160 998.00 dollars USD. ALFAPIPE a prétexté que son offre a été jugée la moins disante.

ALFAPIPE a ainsi choisi de privilégier le trader PRIMEX qui a fait une offre financière plus élevée que celles formulées par le géant mondial de la sidérurgie ArcelorMittal lequel avait, pourtant, proposé la fourniture de bobines d’acier pour la fabrication de tubes et canalisations d’hydrocarbures à des montants nettement inférieurs aux 122 millions de dollars USD concédés par ALFAPIPE à Primex Steel Trading.

« Les offres de Primex furent faites à partir d’usines non homologuées sur les trois
appels d’offres. Les offres de Primex étaient avec une courte échéance de 30 jours alors que l’appel d’offre demandait 90 jours. L’offre de Primex lors du dernier appel d’offre a reçu des demandes de clarification techniques de la part d’Alfapipe alors que le cahier des charges rejetait automatiquement toute déviation technique », dénonce ainsi ArcelorMittal dans ses correspondances adressées aux autorités algériennes.

Des correspondances dans lesquelles elle dénonce son élimination d’un important marché public en Algérie alors qu’elle avait formulé les offres techniques et financières la plus fiables et les plus intéressantes conformément aux exigences fixées par le cahier de charges.

« Ces faits en eux-mêmes seraient suffisants pour exprimer notre surprise et mécontentement ainsi qu’une ouverture d’enquête des autorités Algériennes mais nous devons ajouter le même scénario réalisé en mars 2020 et de remettre en cause un appel d’offre de Epe Alfapipe dans lequel ARCELORMITTAL (AM) ayant été le moins disant pour le projet CEEG de Sonelgaz a été éliminée au profit de la même société de trading Primex sans que cette dernière ait eu a s’aligner sur le prix offert par AM », dénonce le géant mondial de la sidérurgie dans sa correspondance aux autorités algériennes qui apporte ainsi des informations détaillées sur les pratiques troublantes de la société publique ALFAPIPE qui ne serait pas à sa première manoeuvre de manipulations des marchés publics dans le but d’avantager une société étrangère au détriment de ses concurrents minant ainsi le sacro-saint principe de la concurrence loyale laquelle permet au meilleur prestataire de fournir un produit ou un service le plus adapté aux besoins du commanditaire du marché public.

Il s’avère enfin qu’aucune réponse ne fut apportée aux multiples recours et réclamations d’ArcelorMitttal. Et pourtant, cette  affaire mériterait bel et bien qu’une enquête au plus haut et à tous niveaux soit ouverte pour élucider tous les faits. « Nous nous tenons à votre disposition pour une vision conférence pour élucider les activités de management d’Alfapipe sur ces affaires que nous ne pouvons pas passer outre. Cette façon de travailler est considérée par notre groupe comme une concurrence déloyale et de votre côté, elle provoque un coût supplémentaire de 35 millions d’euros », a conclu enfin ArcelorMittal dans ses correspondances restées depuis juin 2021 lettres mortes alors qu’il s’agit d’une dilapidation claire et précise de l’argent public. A quoi serviront ces 35 millions d’euros supplémentaires consentis pour les beaux yeux d’un trader étranger ? A financer des commissions et rétro-commissions afin de remplir les poches de certains hauts responsables algériens comme il avait été démontré et expliqué dans une précédente enquête d’Algérie Part concernant ce scandale de « pipelines ». 

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