Documents exclusifs. ENNA : les milliards des oeuvres sociales au coeur d’un scandale inédit

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    En Algérie, quand une société ou une institution n’est pas du tout connue de l’opinion publique, toutes les limites de la morale et de la légalité sont franchies sans  la moindre hésitation. Preuve en est, les milliards consacrés aux oeuvres sociales des travailleurs de L’Établissement national de la navigation aérienne (ENNA) sont gérés dans une totale opacité. Au cours de ses investigations, Algérie Part a identifié de nombreuses irrégularités et des dépassements dangereux relevant des malversations financières. 

    Force est, d’abord, de constater que l’ENNA est une société publique quasiment méconnue en Algérie. Et pourtant, cette grosse entreprise publique est parmi l’un des premiers établissements stratégiques de l’Etat algérien. C’est l’organisme qui est chargé  de l’exploitation et de la sécurité du transport aérien algérien.  Une mission très délicate qui engage la sécurité nationale et la souveraineté de tout notre pays. L’ENNA est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous la tutelle du ministère des Transports algériens. Et en tant qu’EPIC, il doit gérer des fonds très conséquents et de nombreux marchés aux montants faramineux.

    De l’exploitation technique des aérodromes jusqu’à la réglementation de la circulation aérienne en passant par la sécurité de la navigation aérienne dans l’espace aérien algérien, le travail de l’ENNA lui permet de gérer des budgets de plusieurs Milliards de Da et de plusieurs Millions d’Euros et de Dollars. Algérie Part a publié de nombreuses enquêtes sur les dessous de la gestion douteuse de l’ENNA.

    Aujourd’hui, nous allons nous intéresser aux oeuvres sociales de cette stratégique entreprise étatique.  Le fonds de gestion des œuvres sociales est dirigé respectivement par Messieurs LEKHEL HASSANE et KHELIFI ABDERAHMEN, respectivement Chef de Département à la retraite et Ex-président du Comité de Participation. Ces deux hauts responsables de l’ENNA ont signé en 2013 une convention entre le comité de participation de l’ENNA et le concessionnaire multi-marques SYDCAR pour l’acquisition par facilité de payement de véhicules au profit des travailleurs de l’ENNA.

     

     

    Or, nous avons découvert au cours de nos investigations que cette convention a été élaborée sans aucun respect des procédures internes de gestion, de passation de marchés et de la réglementation en vigueur au sein de l’entreprise et n’a fait l’objet d’aucun avis favorable de conformité par ses services habilités. Ces faits ont, pourtant, été signalés  par courriers officiels par le Secrétaire Général du Syndicat National du Personnel de la Circulation Aérienne (SNPCA) aux concernés avec copies aux différents responsables de l’ENNA. Ces correspondances sont restées sans aucune suite !

     

    Au sein de l’ENNA, les anomalies ne s’arrêtent pas à ce stade. Il est à signaler qu’après la fin du mandat, la décision des membres du comité de participation réélus, dont Mr KHELIFI ABDERAHMEN, d’élire Mr REZKA ALLAH Benyoucef en qualité de président du comité en remplacement de Mr KHELIFI ABDERAHMEN, a suscité de nombreux doutes car elle intervient dans un contexte particulier. Et pour cause, KHELIFI ABDERAHMEN a déjà été condamné à 6 mois de prison ferme pour dilapidation de deniers publics. Ce qui remet tout simplement en cause la légalité de la signature de la fameuse convention et les problèmes qui en ont découlé.

    Cette décision est probablement l’œuvre de KHELIFI ABDERAHMEN pour dissiper les doutes et diminuer l’attention particulière portée sur sa personne suite aux faits  de malversations financières révélés par nos enquêtes précédentes.  Ce dirigeant controversé, de par son influence et l’empire qu’il a bâti, il continue jusqu’à aujourd’hui à être à l’origine des décisions les plus délicates de la gestion syndicale et continue à bénéficier des privilèges de son poste de président du comité de participation (Véhicule de service, portable, …Etc.)

     

     

    En plus, il bénéficie d’un classement en qualité d’ADP (Assistant de Direction Principal équivalent à celui de chef de Département) réservé normalement pour les diplômés universitaires sachant que le niveau d’instruction de ce dernier se limite au cycle moyen alors que la relation de travail devrait être suspendue en référence au jugement de justice le condamnant à 6 mois de prison ferme conformément au règlement de l’entreprise. C’est dans ces conditions plus que scandaleuses que des dépenses onéreuses sortent des caisses de l’ENNA pour financer des acquisitions de véhicules neufs, des vacances à l’étranger, des séjours dans les hôtels les plus luxueux à Oran ou des diners fastueux au profit des hauts responsables de l’ENNA. Des responsables habitués aux plaisirs de l’impunité avec le silence intriguant des services de sécurité et de la justice.