Décryptage. Pourquoi les marches du vendredi ne suffisent plus pour arracher des compromis au régime algérien

0
25398

Certes, ce constat ne fait pas l’unanimité, mais il reflète, pourtant, bel et bien une vérité amère : les marches et les manifestations du vendredi ne suffisent plus pour arracher des compromis au régime algérien notamment à travers l’institution militaire qui le domine entièrement.  

Après 32 vendredis successifs, force est de constater que le hirak algérien patine, voire se « folklorise » et n’exerce plus aucune pression particulièrement utile sur l’institution militaire. Chaque vendredi, les arrestations se multiplient. Et les dimanches, différents tribunaux à travers le pays prononcent des placements sous mandat de dépôt de manifestants pacifiques, des jeunes algériens pour la plupart d’entre-eux. Des êtres innocents dont le seul tort est d’avoir participé à une marche populaire scandant des slogans favorables à la démocratie et le changement pacifique dans leur pays.

Les prisons algériennes se remplissent chaque semaine par ces manifestants interpellés manu militari et jugés dans des procès expéditifs dignes des régimes dictatoriales  les plus sombres dans le monde. Oui, les militaires algériens ne sont pas comme les militaires soudanais. Ils ne tirent pas sur la foule, ils ne tuent, ils ne massacrent. Mais les militaires algériens ordonnent, tout de même, les arrestations massives de jeunes manifestants pacifiques. C’est une répression caractérisée qui s’aggrave d’un vendredi à un autre.

Les marches sont donc, certes, belles, immenses et significatives. Mais elles ne font plus peur au régime en place à Alger. Les vendredis du Hirak algérien ne font plus trembler les décideurs de l’institution militaire. Pis encore, le régime algérien semble avoir réussi à apprivoiser ces marches populaires en les encadrant soigneusement pour les instrumentaliser ensuite dans les discours incessants d’Ahmed Gaid Salah, le chef d’Etat-Major de l’ANP.

Le Hirak algérien doit être donc réinventé. Les vendredis ne sont plus une « arme fatale » qui peut insuffler le changement en Algérie. Une réflexion est urgente pour identifier de nouveaux outils de protestation pacifique qui peuvent contraindre le régime algérien à accepter des compromis démocratiques.

Des animations de rue, des campings au niveau des grandes places publiques des villes algériennes ou une grève générale mûrement réfléchie pour paralyser les activités névralgiques du régime algérien, seules ces actions peuvent imposer une nouvelle dynamique politique dans le pays et contraindre le régime notamment l’institution militaire à entamer des négociations sérieuses tout en mettant fin à cette répression généralisée à l’encontre des manifestants pacifiques. Malheureusement, le Hirak algérien, tel qu’il est constitué jusqu’à aujourd’hui, est dépourvu d’une élite représentative qui peut pousser la réflexion sur de nouveaux modes de contestation populaire. Cette situation risque d’engendrer une lassitude nationale puisque le régime algérien poursuit sa feuille de route le plus normalement du monde en voulant imposer à tout prix un nouveau Président de la République d’ici le 12 décembre prochain.