Décryptage. Pourquoi la stabilité sociale du pays coûte cher, très cher à l’Etat algérien

0
632

La stabilité sociale est une priorité absolue pour l’Etat algérien. Le maintien de l’ordre sociale et la lutte permanente contre la pauvreté qui peut générer des fléaux sociaux ou des mouvements de contestations populaires est un chantier très couteux pour l’Etat algérien qui dépense chaque années des budgets colossaux pour financer des dépenses publiques dans le but de fournir diverses  prestations sociales. Grâce aux hydrocarbures, exportations du pétrole et de gaz, l’Algérie a toujours su mobiliser des budgets importants pour financer cette stabilité sociale. Mais depuis la crise politique de 2019 et la crise financière née pendant la pandémie de la COVID-19, l’Etat commence à manquer cruellement d’argent pour financer toutes les prestations sociales qui soulagent les Algériennes et Algériens face à la précarité et la cherté de la vie. 

Avec la baisse continue et inévitable des recettes en devises provenant des exportations des hydrocarbures du pays, le maintien en vie de plusieurs dispositifs sociaux est menacé. Mais de combien a besoin chaque année l’Etat algérien pour assurer ces financements ? Ce sont des budgets qui se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards de dollars USD.

Quelques exemples éloquents. Depuis 2019, l’Etat algérien dépense plus de 253,16 milliards de DA pour financer la subvention des produits de large consommation, ce qui représente l’équivalent de plus de 1,75 milliard de dollars USD. Les autorités algériennes doivent aussi chaque année, et ce depuis 2019, mobiliser plus de de 164,26 milliards de DA, soit l’équivalent de 1,14 milliard de dollars USD, pour financer l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) qui importe depuis l’étranger et distribue les céréales à travers tout le territoire national. Au moins 41,65 milliards de DA, soit l’équivalent de plus de 290 millions de dollars USD, sont consacrés également chaque à l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL). Le soutien à la consommation d’eau locale coûte chaque année plus de 44 milliards de Da à l’Etat algérien.

2,5 milliards de Da sont également débloqués annuellement pour assurer la stabilisation des prix du sucre et 750 millions de Da au soutien à l’énergie. Mais ce n’est pas fini car l’Etat algérien doit également financer d’autres dispositifs incontournables pour le fonctionnement social du pays. Chaque année, le budget de fonctionnement prévoit également 201,97 milliards de dinars pour la Caisse nationale de retraite (CNR), 31,25 milliards de dinars pour l’Agence de développement social (ADS) et 51,6 milliards de dinars pour les différents dispositifs d’emploi. Ces budgets publics représentent l’équivalent de près de 2 milliards de dollars USD.

D’autres dépenses sociales sont aussi prises en charge par l’argent public à l’image de l’enveloppe de la bourse scolaire au profit de 3 millions d’élèves à travers le pays qui s’élève à plus de 9 milliards Da depuis 2019 ou la couverture financière des manuels scolaires, à titre gracieux, au profit de cette catégorie qui nécessite annuellement une enveloppe estimée à 6,5 milliards de dinars, alors que plus 26,63 milliards de Da sont destinés annuellement aux cantines scolaires. Rien que ses dépenses liées au fonctionnement social de l’éducation nationale s’élèvent annuellement à l’équivalent de 290 millions de dollars USD.

A toutes ces dépenses, il faut rajouter les budgets nécessaires aux logements sociaux, les hôpitaux publics où l’accès aux soins est pratiquement gratuit, les prises en charge du développement de plusieurs infrastructures proposant des services publics, etc. Sans ces dépenses, l’Algérie ne pourra pas fonctionner convenablement et la population algérienne ressentira des privations matérielles qui vont compromettre dangereusement son niveau de vie et son bien-être. Or, sans les recettes en devises du pétrole et du gaz, cette stabilité sociale n’a plus lieu d’être car l’Etat algérien n’a aucune autre ressource pour financer ces services sociaux. C’est pour cette raison que l’Algérie demeure si fragile aux chocs pétroliers et énergétiques sur les marchés mondiaux. Et le jour où elle ne pourra plus vivre de l’argent de son pétrole et gaz, elle sera confrontée à une déstabilisation majeure.