Décryptage. L’Algérie peut-elle réellement faire partie des pays du Groupe BRICS ?

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a suscité le buzz hier dimanche 31 juillet en affirmant que l’Algérie satisfaisait, en grande partie, aux conditions d’adhésion aux BRICS. « L’adhésion au Groupe BRICS est tributaire de conditions économiques auxquelles l’Algérie satisfait en grande partie », a souligné effectivement Tebboune lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, diffusée, dimanche sur les chaînes de télévision et les stations radio nationales. Il s’avère que cette affirmation ne correspond pas à la réalité économique et financière de notre pays. Malheureusement, l’Algérie a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir prétendre adhérer au BRICS. Explications. 

Il faut savoir, d’abord, que l’acronyme BRICS désigne le rapprochement de quatre pays aux vastes territoires : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, auxquels s’est intégré l’Afrique du Sud en 2011. Depuis 2011, le groupe des BRICS a pris la forme d’une conférence diplomatique à part entière, donnant lieu à un sommet par an, se déroulant à tour de rôle dans chacun des cinq États. Le but de ces sommets est d’affirmer la place majeure de ces pays sur la scène internationale, et de mettre en scène leur poids économique et politique, en particulier au regard d’autres États ou groupes d’États comme les États-Unis ou l’Union européenne.

L’acronyme est apparu pour la première fois en 2001 sous la plume de l’économiste britannique Jim O’Neill, dans un rapport de la banque d’investissement Goldman Sachs intitulé Building Better Global Economic BRICs (le « S » final étant celui du pluriel et ne désignant pas l’Afrique du Sud). L’article établissait une projection de croissance montrant que ces pays, déjà importants dans l’économie mondiale en raison de leurs vastes marchés intérieurs, étaient appelés à peser de plus en plus, étant donné leur croissance économique annuelle rapide. On peut y voir un exemple de performativité du discours, dans la mesure où l’annonce, par une grande banque d’investissement, du fort potentiel économique de ces pays, a pu encourager les investisseurs et contribuer à leur croissance et à leur émergence rapide. L’acronyme inventé par un économiste est finalement devenu une réalité économique et politique.

C’est surtout à partir de 2011, avec la tenue régulière de sommets et l’entrée de l’Afrique du Sud, que les BRICS sont devenus un groupe officiel. Sur le plan économique, ils se sont également dotés en 2014 d’une banque de développement, la Nouvelle banque de développement, basée à Shanghai. Parmi les thèmes qui ont pu être au centre de leurs préoccupations, on trouve la lutte contre le protectionnisme de certains de leurs partenaires du G20 (G8 élargi) ou la réforme de la gouvernance du Fonds monétaire international (FMI) et du Système monétaire international. Ils ont pu également faire front commun contre certaines contraintes environnementales internationales jugées pénalisantes pour leurs économies. D’une manière générale, les BRICS sont l’une des instances promouvant une reconnaissance de la multipolarité des équilibres économiques et politiques mondiaux, en rupture avec les organisations héritées de l’après Seconde guerre mondiale.

Sur le plan purement économique, les pays membres des BRICS sont de véritables puissances qui jouent un rôle très important dans le fonctionnement de l’économie mondiale.  En 1990, leur poids dans le PIB mondial atteignait à peine 10 % contre 25,5 % en 2018. Aujourd’hui, elles totalisent un PIB de près de 20 000 milliards d’euros et comptent près de 3,1 milliards d’habitants, soit 42,1 % de la population mondiale. Une ascension confirmée par la place désormais occupée par les BRICS dans le classement des pays les plus puissants au monde réalisé tous les ans par le Fonds Monétaire International (FMI) sur la base de leur PIB. En 2018, la Chine y occupe la deuxième place, suivie de près par l’Inde (7e place), le Brésil (9e place) et la Russie (12e place). L’Afrique du Sud occupe quant à elle la 32e place. Dans ce classement, la France se situe à la 6e place derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

C’est dire que les performances économiques et financières des pays BRICS qui égalent, voire dépassent celles des pays les plus développés de l’Occident. En s’appuyant sur un large ensemble d’indicateurs, certains économistes projettent que d’ici à 2050 ces pays auront atteint un niveau de développement semblable à celui des nations occidentales.

Il est à signaler, en outre, que le Brésil est le quatrième agro-exportateur mondial et la Chine produit près de 50 % de la production mondiale d’acier. La production d’hydrocarbure représente plus de 25 % du PIB russe. L’Inde a la quatrième réserve de charbon la plus grande du monde. L’exploitation de ces ressources naturelles leur a permis de démarrer une phase de croissance importante. De 2000 à 2010, le taux de croissance économique des BRIC est cinq fois supérieur à celui de la décennie précédente.

Au regard de tous ces critères économiques, force est de reconnaître que l’Algérie n’a strictement aucun point commun avec les pays BRICS. L’Algérie est un pays totalement désindustrialisé qui n’apporte aucune contribution importante, ou même mineure, à l’industrie mondiale. Le secteur industriel représente actuellement 5% seulement du PIB de notre pays, c’est une contribution insignifiante. C’est ce qui explique pourquoi l’Algérie demeure un pays largement dépendant de ses importations depuis l’étranger pour l’ensemble de ses équipements.

Par ailleurs, le Produit Intérieur Brut (PIB) de l’Algérie, à savoir sa richesse annuellement créée, demeure insignifiante et très faible par rapport à de nombreux pays à travers le monde.  Le PIB de notre pays était de 188 milliards de dollars courants avec un taux de croissance en 2017 de 1,7 %. L’économie algérienne est fortement tributaire de la rente des hydrocarbures (96 % des recettes d’exportations) et de 2014 jusqu’à 2019, les fondamentaux économiques sont négatifs : déficit du budget, de la balance commerciale et des moyens de paiements, dépréciation de la monnaie, inflation et taux de chômage élevé. Les transferts sociaux représentent près du quart des dépenses publiques et plus de 13 % du PIB.

L’Algérie est donc un pays très faible économique qui n’a jamais enregistré les performances industrielles ou économiques des pays du BRICS. De 1990 jusqu’à 2021, la croissance économique de notre pays n’a jamais dépassé les 10 %. Le meilleur taux de croissance de notre pays a été enregistré en 2003 avec 7,2 % et de 2014 jusqu’à 2021, le taux de croissance de notre économie stagnait autour d’une moyenne de moins de 3 %. Sans industrie et sans développement économique, avec uniquement la rente des hydrocarbures comme gage de survie, l’Algérie ne peut nullement prétendre faire partie des pays BRICS. Cette affirmation est donc malheureusement erronée.