Décryptage – L’Algérie et le Nigeria, Futurs Fournisseurs Incontournables de Gaz à l’Europe !

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L’Union Européenne prévoit de réduire les importations russes de pétrole et de gaz de deux tiers d’ici la fin de l’année et de se séparer définitivement de la Russie d’ici 2030.

Pour ce faire, la stratégie européenne consiste à encourager les importations accrues de pays producteurs alternatifs de gaz naturel liquéfié (GNL) et de donner mandat à la Commission européenne pour effectuer des achats de gaz groupés.

Le 25 mars 2022, l’Union Européenne (UE) avait conclu un accord énergétique avec les États-Unis prévoyant la livraison de 15 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié d’ici la fin 2022.

Selon Tim McPhie, porte-parole de la Commission européenne  » L’UE a un objectif clair de diversifier nos fournisseurs de gaz à court terme, tout en continuant à nous concentrer sur la stimulation des énergies renouvelables et l’élimination progressive des combustibles fossiles pour atteindre nos objectifs climatiques« .  » À l’heure actuelle, [le gaz naturel liquéfié] offre l’option la plus rapide pour diversifier nos approvisionnements en gaz. » a déclaré le porte-parole.

C’est dire l’importance du projet de gazoduc trans-saharien, qui devrait relier à partir de 2027 le Nigeria à l’Algérie pour transporter du gaz naturel vers l’Europe.

Le 17 février 2022, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a rencontré ses homologues nigérien Mahamane Sani Mahamadou et nigérian Timipre Sylva, en présence Toufik Hakkar, président directeur général du groupe public algérien des hydrocarbures Sonatrach, pour signer une « déclaration commune » qui valide « une feuille de route » pour le développement du gazoduc transsaharien (TSGP).

L’Algérie, le Niger et le Nigeria sont engagés dans ce projet pharaonique de construction d’un gazoduc transsaharien de près de 4 130 km, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros, qui traversera les trois pays jusqu’en Europe et pourra transporter 30 milliards de mètres cubes de gaz par an !

La société russe Gazprom ainsi que des sociétés gazières d’Inde, de France, d’Allemagne et d’Italie ont déjà manifesté leur intérêt pour le projet qui va coûter 13 milliards de dollars.

Cependant, selon Alice Gower, directrice de la géopolitique et de la sécurité au groupe de réflexion londonien Azure Strategy, les réserves de l’Algérie sont au plus bas. « Plus tôt cette année, le groupe pétrolier et gazier public algérien Sonatrach a annoncé un important programme d’investissement [de 40 milliards de dollars, 36 milliards d’euros] pour une période de cinq ans, mais cela ne signifie pas que l’Algérie peut intervenir maintenant à court terme. « , a déclaré Gower au média allemand Deutsche Welle (DW).

Par ailleurs, l’Union européenne (UE) a exhorté le Nigéria, avec plus de 37 milliards de barils de réserves de pétrole brut, à profiter de l’opportunité offerte par la crise actuelle en Europe pour renforcer son approvisionnement en gaz.

L’appel à l’intervention du Nigéria a été lancé par l’ambassadrice Samuela Isopi, lors d’une visite de courtoisie des ambassadeurs de l’UE au ministre des ressources pétrolières d’État, M. Timipre Sylva, à Abuja la semaine dernière.

Le Nigeria s’est déjà lancé dans la construction de 600 kilomètres du gazoduc Ajaokuta- Kaduna-Kano (AKK) conçu pour acheminer le gaz vers l’Europe via l’Algérie et répondre aux demandes de gaz européennes à travers le continent africain.

Pour ce faire, le gouvernement fédéral du Nigeria a appelé le gouvernement des États-Unis (États-Unis) à fournir un soutien financier pour développer les ressources de gaz naturel du Nigéria afin de servir de sources d’énergie alternatives pour l’Europe, alors que les pays européens sont confrontés à des problèmes d’approvisionnement en gaz en raison de la guerre en cours en Ukraine.

Sylva, qui s’est exprimé sur le sujet il y a deux semaines lors d’une réunion avec la secrétaire américaine à l’Énergie, Jennifer Granholm, à Houston au Texas, a déclaré que la collaboration entre les États-Unis et le Nigéria dans ce domaine serait d’un immense avantage pour les deux pays ainsi que pour toute la région Afrique et Europe.

Au même moment, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a révélé que l’UE mène des négociations avec les pays producteurs de gaz, dont l’Algérie classée 10ème producteur mondial de gaz, afin d’accroître l’approvisionnement en GNL.

« Il est dans l’intérêt de la communauté mondiale qu’il existe une alternative d’approvisionnement en gaz vers l’Europe. Le défi pour nous de réaliser cet exploit a été le manque d’infrastructure et nous avons besoin de financement pour développer l’infrastructure pour notre gaz et nous pensons que les États-Unis peuvent fournir ce financement » a déclaré Timipre Sylva.

« Nous souhaitons pouvoir acheminer du gaz du Nigeria vers l’Europe via l’Algérie. Nous avons déjà lancé le projet de gazoduc AKK et si nous avons le financement requis, nous pouvons achever ce projet en deux ans », a déclaré le ministre, ajoutant que le Nigeria a « plus de 206 tcl de réserve de gaz naturel et une réserve non prouvée de 600 tcl. Nous pensons que si nous ciblons l’exploitation du gaz naturel au Nigeria, nous pourrons obtenir jusqu’à 600 tcl » a conclu Timipre Sylva.

Soulignons, qu’actuellement, environ 90% des exportations de gaz du Nigeria est destinée à la Chine, mais les récents développements géopolitiques vont créer de nouvelles opportunités pour ce géant africain qui pourrait alors se tourner vers celui qui lui apportera les investissements financiers nécessaires au développement du gazoduc AKK !

L’initiative de l’Algérie et du Nigeria risque d’anéantir le projet de gazoduc Maroc-Nigéria, approuvé en décembre 2016 lors d’une visite du roi Mohammed VI au Nigeria, et dont l’accord a été signé deux ans plus tard à Rabat…

D’autant plus que le Nigeria, l’Algérie se sont alliées à l’Afrique du Sud et l’Ethiopie pour établir une nouvelle alliance de concertation et de coordination sur les grands enjeux africains !

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères Antony Blinken se rendra demain 30 Mars à Alger, il appuiera la demande européenne et exprimera la volonté des Etats-Unis de voir Alger jouer un rôle prépondérant et une alternative à l’approvisionnement de gaz Russe pour l’Europe !

Alger cédera-t-elle à la demande de réouverture du gazoduc Gaz Maghreb Europe (GME), fermé par l’Algérie à la fin du mois d’Octobre 2021, ou mettra-t-elle en avant le projet gazoduc trans-saharien et appuiera la demande Nigériane d’un financement américain et européen ?

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