Crise entre l’Algérie et l’Espagne : incroyable retournement de situation provoqué par l’APS

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Hallucinant, inédit et renversant. Les adjectifs manquent pour qualifier le retournement de situation provoqué par l’APS dans le dossier relatif à la crise politique opposant l’Algérie à l’Espagne. Ce samedi 30 juillet, l’organe médiatique attitré de l’Etat algérien, l’agence de presse gouvernementale APS, a désavoué les récentes annonces faites par l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) concernant la levée du gel des opérations de commerce extérieur entre l’Algérie et l’Espagne. 

L’APS a diffusé effectivement ce samedi une dépêche qui sème le doute et la confusion à propos des sanctions économiques adoptées par l’Algérie contre l’Espagne le 8 juin dernier dans le sillage de la rupture du traité d’amitié qui lie les deux pays depuis 2002. Le 28 juillet dernier, une note « officielle » de l’Association des banques et établissement financiers (Abef) a demandé aux banques commerciales la levée de la suspension des domiciliations pour les transactions de et vers l’Espagne. « A l’issue de l’évaluation du dispositif relatif au gel du commerce extérieur avec l’Espagne, et  en concertation avec les acteurs concernés du commerce extérieur, les mesures conservatoires cités en objet ne sont plus de mise », a écrit l’Abef dans cette note largement relayée par les médias algériens et étrangers.

Algérie Part avait fait des révélations détaillées sur les motivations cachées de cette nouvelle note qui annonce un « retour à la normale » dans la coopération économique et échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Espagne. Le gouvernement espagnol a pris également acte de cette annonce qualifiée de positive et de rassurante par de nombreux observateurs des relations algéro-espagnoles.

D’ailleurs, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré vendredi soir, que « Madrid souhaite des relations normales (avec l’Algérie), comme c’est le cas avec tous les pays voisins ». Selon l’agence de presse espagnole « EFE », le gouvernement espagnol souhaite que « les relations avec l’Algérie soient exactement les mêmes  » qu’avant l’incident du gel des échanges commerciaux, et « qu’elles soient basées sur l’amitié, le respect, l’égalité souveraine et l’ingérence dans les affaires intérieures ».

Cette déclaration du diplomate espagnol, a fait suite à sa rencontre avec la ministre de la Politique régionale, Isabel Rodriguez, et des responsables des communautés autonomes pour préparer la présidence espagnole de l’Union Européenne pour le 2e semestre 2023. Albares a dit avoir entendu parler d’une « normalisation » des relations commerciales », avec l’Algérie. « Nous espérons que cela se réalisera sur le terrain », a-t-il ajouté.

Ce samedi soir, l’APS vient de jeter un véritable pavé dans la mare en annonçant que es allégations colportées par certains médias sur une prétendue reculade de l’Algérie concernant ses relations commerciales avec l’Espagne sont erronées, car aucune information officielle n’a été rendue publique à ce sujet par les autorités ou les institutions compétentes.

« Les décisions concernant les questions financières et commerciales qui engagent l’Etat sont prises en Conseil des ministres, par le ministère des Finances ou par la Banque d’Algérie et sont annoncées par les canaux officiels », a précisé encore l’APS qui dément indirectement le bien-fondé des informations contenues dans la note transmise jeudi 28 juillet dernier par l’ABEF à toutes les banques algériennes.

« En effet, les décisions économiques notamment celles liées aux relations de l’Algérie avec ses partenaires commerciaux, relèvent des prérogatives exclusives de l’Etat, et non pas des organisations professionnelles, telle que l’Association des banques et établissements financiers (ABEF). L’ABEF, à laquelle font référence ces médias, ne peut se substituer aux institutions de l’Etat qui ont en charge les finances, l’économie et le commerce extérieur. Elle est une association à caractère professionnel et défend les intérêts de ses adhérents », s’insurge l’APS qui aggrave la confusion générale régnant autour de ce délicat dossier des tensions opposant Alger à Madrid.

Et pour cause, le 8 juin dernier, c’est l’ABEF,  cette association regroupant une trentaine de banques et établissements financiers activant en Algérie, dont une dizaine étrangers, qui avait annoncé elle-même la suspension de toutes les domiciliations bancaires des importations et les exportations de produits et de services de et vers l’Espagne. Seules les livraisons de gaz algérien à l’Espagne ont été épargnées.

Dans les jours et semaines qui ont suivi cette annonce, des responsables du gouvernement espagnol ont confirmé l’arrêt total des échanges commerciaux, hors les livraisons de gaz, avec l’Algérie. Cela signifie que l’ABEF est réellement considérée comme une « autorité » légitime à laquelle doivent obéir les institutions financières en Algérie.

Force est également de constater que le 8 juin dernier, l’APS n’avait nullement réagi pour démentir ou confirmer les instructions communiquées par l’ABEF aux banques algériennes. A l’époque, la suspension des opérations de commerce extérieur de l’Algérie avec l’Espagne a été actée et confirmée sans qu’aucune objection ne soit soulevée par l’APS ou un autre canal officiel du pouvoir algérien.

Le volte-face de l’APS survenu ce samedi 30 juillet discrédite fortement l’Etat algérien et soulève des interrogations sur l’identité réelle des véritables détenteurs du centre de décision au plus haut sommet du pays. Un organisme public fait des annonces et une autre institution étatique y oppose un démenti. Qui doit-on croire ? Et qui décide réellement au nom de l’Etat algérien dans le dossier de la crise algéro-espagnole ? Jusqu’à l’heure où nous mettons en ligne notre article, ces questions demeurent sans réponse.

Rappelons enfin que le gouvernement espagnol avait dénoncé depuis le 8 juin dernier la suspension des opérations de commerce extérieur avec l’Algérie en qualifiant cette mesure d' »unilatérale des autorités algériennes » et a sollicité et obtenu le soutien de l’Union européenne qui a pris le parti de l’Espagne. La suspension brutale du commerce extérieur avec l’Espagne a aussi impacté les entreprises algériennes qui ont des liens commerciaux avec leurs homologues espagnoles. L’application de la mesure a d’ailleurs posé de nombreux problèmes et les Douanes algériennes ont demandé au gouvernement de préciser les modalités d’application notamment pour les produits non espagnols mais transitant par l’Espagne et les produits espagnols importés d’autres pays.