COVID-19. Pourquoi l' »efficacité » du vaccin russe n’est pas encore convaincante

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L’Algérie a fait officiellement le choix de recourir au vaccin russe Sputnik V pour commencer la campagne de la vaccination de sa population.  Alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 est censée débuter en janvier, le gouvernement algérien a décidé effectivement de signer un contrat de gré à gré avec l’entreprise russe qui produit le vaccin Sputnik V, et continue en parallèle de consulter d’autres parties étrangères.

Le vaccin russe présenterait peu de contraintes logistiques et un prix avantageux pour les autorités du pays.  Ce serait 1,5 milliard de dinars (9,2 millions d’euros) qui ont été débloqués pour acquérir un premier lot de 500 000 doses de vaccin, sur les 20 milliards de dinars (122 millions d’euros) alloués à cette acquisition. La Hongrie et la Serbie seront les premiers pays d’Europe à obtenir le vaccin russe, alors les marchés principaux pour Sputnik V sont l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique, a précisé M.Dmitriev, chef du Fonds russe d’investissements directs.

Alors que ses développeurs affirment qu’il est efficace à plus de 90%, le vaccin russe reste très critiqué par les scientifiques occidentaux, pour lequel ils reprochent une annonce prématurée avant même les essais cliniques de masse et la publication de résultats scientifiques. En effet, le vaccin demeure très controversé et son efficacité n’est pas encore convaincante. Mais pourquoi exactement ?

Il faut savoir que pour le moment, les annonces des différents laboratoires en cours pour la fabrication des vaccins contre la COVID-19 ne sont pas accompagnées d’une publication scientifique. Les informations présentées depuis le mois de novembre dernier sont issues d’un communiqué de presse et doivent être prises avec précaution. Ceci dit, les protocoles scientifiques appliqués par les laboratoires américains semblent beaucoup plus rigoureux que les protocoles appliqués par le National Research Center for Epidemiology and Microbiology du Ministère de la santé russe (aussi appelé Centre Gamaleya), à savoir le concepteur du  vaccin russe Sputnik V qui jugeait depuis le mois de novembre l’efficacité de son vaccin à 92 %.

En réalité, ces chiffres sont des résultats intermédiaires de la phase III de l’essai clinique. Plus de 40.000 volontaires ont été partie prenante de l’essai en double aveugle en Biélorussie, aux Émirats arabes unis et au Venezuela. Parmi les 40.000 personnes, seules 16.000 ont reçu les deux doses vaccinales séparées de trois semaines. L’essai intègre aussi 20 personnes avec des cas confirmés de Covid-19. Ce sont sur ces 20 personnes que l’efficacité de 92 % du vaccin russe a été mesurée, 21 jours après la première injection et en comparaison avec celles ayant reçu un placebo.

En comparaison, l’essai clinique de Pfizer-Biontech, le vaccin américano-allemand, comprend beaucoup plus de participants, à savoir 43.538 dont 38.955 qui ont suivi le protocole vaccinal jusqu’au bout (une dose initiale et un rappel à 21 jours). L’analyse de l’efficacité a été menée sur 94 personnes atteintes de la Covid-19 et sept jours après la seconde infection, soit 28 jours après le début du protocole.

Partant de ces données, de nombreux scientifiques ont jugé que l’efficacité mise en avant par Pfizer-Biontech est plus robuste que celle avancée par la Russie pour son vaccin et ce au vu de la taille de l’effectif sur laquelle elle se base.

Dans les réactions d’experts, suite à l’annonce de l’efficacité de Spoutnik V, publiées sur le site anglais Science Media Center, le ton est à la prudence. Le professeur Stephen Evans du London School of Hygiene and Tropical Medicine a déclaré : « Il y a une incertitude considérable à cause du faible nombre de cas (20) Covid-19. Un suivi est nécessaire car, en se basant sur les données, les résultats sont en accord avec une efficacité bien plus faible (60 %). »

Le même scientifique a fait remarquer également que « Les résultats annoncés par Pfizer cette semaine sont basés sur 94 cas (probablement 8 personnes dans le groupe vaccin et 86 dans le groupe placebo), donc il y a plus de certitude que l’efficacité sera supérieure à 80 %. »

Les protocoles employés par les russes pour leur nouveau vaccin ne semblent donc faire preuve d’une grande rigueur scientifique. Et c’est ce qui jette le discrédit sur ce vaccin que l’Algérie et plusieurs autres pays veulent acquérir à travers le monde.

Par ailleurs, contrairement aux autres laboratoires, l’Institut n’a pas communiqué tous les détails de ses essais cliniques, tel que le mode de recrutement de ses volontaires. Une opacité qui, parmi d’autres incertitudes, pose question dans le milieu scientifique. La phase 3 se poursuit actuellement avec un panel de 40 000 participants. La Russie a d’ores et déjà annoncé pour sa population une vaccination de masse gratuite fin décembre ou début janvier, et un vaccin peu coûteux à l’international avec un prix « inférieur à 10 dollars [8,40 euros] la dose ». Plus de 10 000 personnes parmi les groupes à risque, comme le personnel soignant, ont déjà été vaccinées.

Les autres laboratoires mondiaux sont beaucoup plus transparents et nettement plus convaincants.  Habituellement,  trois phases sont conduites les unes après les autres avec parfois plusieurs années d’écart entre elles pour mesurer l’efficacité réelle d’un nouveau vaccin. Comme pour tout essai clinique, les laboratoires font appel à des comités d’experts indépendants chargés de surveiller le déroulement des tests et de réexaminer les données. Ainsi Pfizer et BioNTech avaient attendu que le comité de surveillance des données, le Data Monitoring Committee (DMC) donne son aval avant d’annoncer ses résultats le 9 novembre.

Ces comités indépendants peuvent émettre des recommandations en cas de problème, comme pour le candidat-vaccin d’AstraZeneca dont les essais avaient été suspendus en septembre après l’apparition d’une maladie inexpliquée chez un participant. Justement, dans le cas du vaccin russe, il y a un énorme souci de fiabilité parce qu’on ne connaît encore aucun comité indépendant qui a pu évaluer sérieusement et rigoureusement les résultats scientifiques des essais cliniques.

Cependant, le vaccin russe a pour le moment un avantage qui pèse lourd dans la balance : il utilise une technologie vaccinale moins fragile que celle choisie par les américains de Pfizer et il n’aura pas besoin d’être stocké à -80 °C.  Quoi qu’il en soit, il est fortement conseillé à l’Algérie de diversifier ses sources de vaccination pour ne pas miser sur un seul « cheval de bataille » dans cette guerre acharnée contre le virus du COVID-19.

 

 

 

4 COMMENTS

  1. Ils ont signé un contrat avec les russes mais continuent à prospecter ailleurs ? Pourquoi faire? Tout le monde ne sera logé à la même enseigne ?
    Espérant que ce vaccin russe, bon marché, est destiné à tout le monde, y compris nos élites, pas uniquement pour les pauvres.

  2. le choix porté par l Algérie est expliqué dans la conclusion de votre article, d autant que ce vaccin a été déjà acquis par nombre de pays non seulement pour son prix mais également pour son transport et stockage .cependant il ne s agit nullement d un choix définitif puisque les autorités sanitaires se sont engagées à prospecter d autres fabricants pour se décider et importer le produit efficace et sans effets secondaires. N accablez pas ni le pays ni ses dirigeants durant cette période de grande angoisse qui touche l ensemble des pays du monde alors que d énormes sacrifices humains et matériels sont consentis à cet égard malgré l amenuisement des ressources et les fonds énormes à jamais perdus durant la sinistre période de gestion de Bouteflika .

  3. Le vaccin a convaincu en tout cas au moins 50 pays qui ont commandé 1 milliard de doses. On peut citer notamment l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud qui vont le produire chez eux. L’Algérie aurait tout intérêt a en faire de même pour maitriser a l’avenir ce genre de biotechnologie.