COVID-19 : l’Algérie a l’un des taux de létalité les plus élevés dans le monde

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Le taux de létalité est un indicateur scientifique encore méconnu en Algérie. Et pourtant, il est l’indicateur le plus fiable qui peut nous permettre de mesurer l’ampleur réelle de la pandémie du COVID-19. Et pour cause, le taux de létalité est le nombre de décès par rapport au nombre de cas confirmés et contaminés au COVID-19. 

Le taux de létalité est beaucoup plus fiable que le taux de mortalité qui est le nombre de décès rapporté à la population générale. Il ne faut donc pas confondre avec les deux indicateurs. Et si on prend les statistiques de l’Algérie concernant le taux de létalité, nous allons vite comprendre que notre pays a l’un des taux les plus élevés dans le monde. En effet, comme le montre cette cartographie ou datavisualisation réalisée par la plateforme de l’Université d’Oxford Our World In Data, l’Algérie a un taux de létalité beaucoup plus élevé que la moyenne mondiale.

Le taux de létalité en Algérie est de presque 7 %, à savoir 6.98 %, alors que dans la moyenne mondiale est de 4.84 %. Cela signifie qu’au moins 7 % des personnes atteintes de COVID-19 meurent en Algérie des suites de leur contamination. Et ce taux est nettement plus élevé par rapport à de nombreux pays dans le monde.

A titre d’exemple, comme le montre clairement cette cartographie réalisée par des chercheurs de l’Université d’Oxford, le taux de létalité en Algérie est plus élevé qu’en Allemagne qui est de 4.60 %. Le taux algérien de létalité est pratiquement le plus élevé en Afrique car il dépasse celui de l’Egypte (4.38 %) ou la Tunisie (4.24%).

Il faut savoir par ailleurs que le taux de létalité en Algérie était encore incroyablement élevé dés les premières semaines de l’épidémie du COVID-19 sur le territoire algérien. Le taux de létalité était en Algérie de 15.78 % le 14 avril dernier ! Le 5 mai 2020, il était encore à 10.00 % et à partir du 30 mai, il a commencé à baisser à 6.99 %. Qu’est-ce qui explique une telle baisse ? En réalité, le calcul du taux de létalité dépend entièrement des capacités de dépistage du COVID-19 d’un pays. Si le nombre des cas dépistés est très faible, ce taux est élevé puisque le nombre des morts est comparé au nombre des cas contaminés.  Et si le nombre des cas dépistés est élevé, ce taux revient à la moyenne mondiale. Cela signifie que l’Algérie n’a commencé à améliorer sa capacité de dépistage que depuis le 30 mai dernier, soit trois mois après le début officiel de l’épidémie du COVID-19 sur le territoire algérien. Une défaillance gravissime qui explique l’ampleur actuelle de la pandémie sur le territoire national.

Et tant que le dépistage n’est pas massif en Algérie, notre pays conservera toujours un taux de létalité très élevé par rapport à la moyenne mondiale. « Si vous testez beaucoup, vous allez avoir beaucoup plus de cas, en particulier beaucoup plus de cas moins graves, résume Antoine Flahault, médecin épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Vous allez avoir une mortalité qui paraîtra encore plus faible. » Or, le dépistage, comme il a été souligné dans nos précédentes publications, est le talon d’Achille de l’Algérie face à la pandémie du COVID-19.