Confidentiel. L’inquiétant aveu du PDG de Sonatrach : « c’est la Présidence qui m’a demandé de mentir »

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C’est un aveu terrifiant que le PDG de Sonatrach a fait à son entourage le plus proche. « C’est la Présidence de la République qui m’a demandé de mentir », a effectivement confié récemment Toufik Hakkar, le PDG de Sonatrach, à ses deux plus proches collaborateurs au niveau de la direction générale de la compagnie nationale des hydrocarbures. Ces deux collaborateurs ont ensuite ébruité cet aveu à plusieurs de leurs collègues suscitant ainsi un malaise sans précédent au sein de Sonatrach.

Selon nos investigations, le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, a fait croire à ses collaborateurs que c’est le Palais Présidentiel d’El-Mouradia qui a exercé sur lui des pressions pour le contraindre à rendre public une information totalement mensongère dans le seul but d’assainir et d’embellir le bilan du secteur des hydrocarbures, le secteur le plus névralgique et sensible du pays avec plus de 96 % des recettes en devises pour l’économie nationale.

Cette information mensongère concerne la supposée découverte de ce nouveau gisement à Hassi R’Mel réalisée à 100% par le Groupe Sonatrach. Le lundi 27 juin dernier, le groupe Sonatrach avait annoncé effectivement une  importante découverte de gaz à condensat dans le périmètre de Hassi R’Mel, au sud du pays. La compagnie pétrolière a fait part, dans son document publié sur sa page Facebook, de sa réussite « à mettre en évidence un potentiel important en hydrocarbures dans le réservoir Lias Carbonaté « LD2 » au niveau du périmètre d’exploitation de Hassi R’Mel ». « L’évaluation préliminaire de ce potentiel a montré un volume qui varie entre 100 et 340 milliards de m3 de gaz à condensat. Ces volumes constituent l’une des plus grandes réévaluations des réserves des 20 dernières années », avait relevé encore Sonatach.

Selon la même source, « un programme de travaux de développement est en cours d’exécution pour confirmer les volumes estimés et réaliser des productions en fast track de l’ordre de 10 millions de m3 par jour à partir du mois de novembre 2022. Cette annonce est en réalité un pur mensonge car aucune nouvelle découverte majeure n’a été réellement réalisée par la division exploration et production de Sonatrach. Selon nos investigations, il y a un uniquement un programme de mise en valeur de réserves existantes, prouvées et connues depuis plusieurs décennies.

Le mensonge de la direction générale de Sonatrach avait pour but de faire croire aux Algériennes et Algériens que le pays dispose de nouvelles réserves pouvant lui permettre de mettre de nouveaux volumes de gaz naturel sur le marché mondial. D’ailleurs, au lendemain de cette annonce mensongère, Toufik Hakkar a demandé à son directeur de Division pétrolière Engineering développement, activité Exploration et Production à Sonatrach, Mahmoud Djidjelli, de partir aux studios de la radio francophone publique Chaîne III pour fournir des explications sur cette soi-disant importante découverte de gaz à condensat dans le périmètre de Hassi R’Mel.

« Avec le nouveau gisement gazier, découvert récemment à Hassi R’Mel, Sonatrach peut mettre, dans un premier lieu, 10 millions de m3 supplémentaires sur le marché mondial d’ici la fin de l’année », avait expliqué le 29 juin dernier M. Djidjelli, sur les ondes de la radio chaîne 3, en précisant que « la cadence de forage et de récupération des puits va encore continuer en 2023 ».  « Contrairement aux autres gisements, celui-ci peut être développé en six mois, vu son emplacement, car tout est fin prêt, à savoir le planning des travaux, les installations pour le traitement, le réseau de collecte et de production, qui existent déjà », a-t-il précisé, en ajoutant que ce gisement permettra, aussi, « à l’Algérie d’honorer ces nouveaux engagements d’exportation ».

Les arguments présentés par Mahmoud Djidjelli sont fallacieux et trompeurs, ont confié à Algérie Part plusieurs sources bien introduites au sein de Sonatrach. Et pour cause, aucun nouveau gisement en Algérie ne peut être exploité aussi rapidement et il demeure techniquement impossible de lancer la production au niveau d’un nouveau gisement de gaz en « 6 mois ». En plus, les dates dévoilées par le haut responsable de Sonatrach correspondent à l’agenda fixé par le récent accord gazier conclu entre l’Algérie et l’Italie le 11 avril 2022 portant sur la livraison de trois milliards de mètres cubes supplémentaires de dès cet automne et les volumes augmenteront ensuite progressivement jusqu’à 9 milliards de mètres cubes de gaz par an en 2023-2024.

Or, la production nationale actuelle du gaz naturel ne permet pas d’honorer cet engagement car les réserves existantes sont exploitées à 100 % de leurs capacités. Et avec la forte augmentation de la consommation interne du gaz naturel, l’Algérie ne pourra pas augmenter significativement ses exportations. En vérité, pour concrétiser accord gazier conclu avec l’Italie et rendre possible sa mise en oeuvre, la direction générale de Sonatrach a pris des décisions inédites qui vont porter un énorme préjudice à la sécurité des gisements de gaz naturel les plus importants du pays.

Algérie Part avait révélé récemment que la Sonatrach va puiser dans sa propre consommation domestique les volumes nécessaires de gaz naturel qu’elle veut livrer prochainement à l’Italie. La direction générale de Sonatrach a instruit les services de la division production-exploration de la compagnie d’utiliser dorénavant le gaz naturel, dit associé, qui ne sort pas du champs pétrolier ou gazier, qui n’est pas vendu, mais qui a un usage local et sert plusieurs objectifs dont le principal est la réinjection du gaz produit dans les réservoirs de gaz et de pétrole afin de dynamiser la production ou de l’empêcher de baisser.Ce gaz naturel réinjecté est incontournable pour l’entretien et la sécurisation des gisements gaziers. La Sonatrach utilise également d’importants volumes de gaz naturel pour les réinjecter dans les puits des hydrocarbures. Pour répondre aux besoins de cette réinjection, la Sonatrach consomme annuellement plus de 20 milliards de mètres cubes.

Les dirigeants de Sonatrach ont décidé ainsi de puiser dans cette quantité les volumes nécessaires de gaz naturel qui ont été réclamées par l’Italie. Mais pour ne pas dévoiler cette vérité aux Algériennes et Algériens, le PDG de Sonatrach a inventé un mensonge éhonté prétextant une nouvelle découverte inexistante pour augmenter les livraisons de gaz naturel à l’Italie. Des livraisons qui se feront au détriment de la sécurité et survie de nos propres principaux gisements nationaux. Et Toufik Hakkar justifie désormais son « gros mensonge » par des instructions qui lui auraient été communiquées « d’en haut », à savoir depuis la Présidence de la République.