Confidentiel. Comment un conseiller influent du Palais Présidentiel d’El-Mouradia a orchestré l’emprisonnement du journaliste Belkacem Houam

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Belkacem Houam, jeune journaliste d’Echorouk âgé de 41 ans, a été écroué à la prison d’El Harrach, à Alger, le 8 septembre dernier, après avoir informé ses lecteurs que 3 000 tonnes de dattes exportées en Europe, notamment en France, avaient été renvoyées en Algérie au motif qu’elles contenaient des substances nocives pour la santé. Au lendemain de la parution de son article, ce journaliste algérien a été convoqué et entendu dans la matinée du 8 septembre dernier par la police judiciaire, puis présenté devant le tribunal de Hussein Dey, à Alger, qui a décidé de l’incarcérer sans aucun ménagement. 

A l’origine de cette dérive judiciaire qui a défrayé la chronique, nous retrouvons le rôle malsain et indélicat d’un influent conseiller au niveau du Palais Présidentiel d’El-Mouradia. Il s’agit selon nos investigations d’Abdelatif Belkaiem. Lui même ancien journaliste ayant activé à Echourouk TV, El Djazaïria TV ainsi que dans d’autres médias comme le défunt quotidien arabophone El-Djazaïr News, Abdelatif Belkaiem occupe officiellement les fonctions d’un simple chargé de mission au niveau de la Présidence de la République en vertu d’un décret présidentiel paru le 26 décembre 2019.

Cependant, au cours de ces dernières années, force est de constater que l’ex-journaliste Abdelatif Belkaiem est devenu l’un des personnages les plus influents de la Présidence algérienne. Travaillant sous l’égide du secrétaire particulier du Président Abdelmadjid Tebboune, Hamadache Amirouche, Belkaiem rédige des notes ou des rapports sur divers secteurs stratégiques et dispose d’un accès direct au Chef de l’Etat. Profitant de cette proximité avec le Premier Magistrat du pays, Abdelatif Belkaiem use régulièrement de son pouvoir pour influencer certaines prises de décision émanant du cabinet de la Présidence de la République.

C’est dans ce contexte qu’il a intervenu auprès du secrétaire particulier de Tebboune pour établir un diagnostic machiavélique au sujet du journaliste Belkacem Houam. Au lieu de plaider la cause de l’innocence de son ex-collègue et confrère,  Abdelatif Belkaiem va, au contraire, inciter le Palais Présidentiel d’El-Mouradia à instruire la DGSN, à savoir la Police algérienne, de déclencher rapidement une enquête sur les sources ayant transmis au journaliste d’Echorouk des informations qualifiées « d’attentatoires » à l’intégrité morale de l’Etat algérien et aux intérêts économiques du pays. Belkaiem a fait croire à ses interlocuteurs au niveau de la Présidence de la République que cet article d’Echorouk participe activement à une « campagne de dénigrement » enclenchée par des lobbys marocains hostiles aux exportations algériennes vers la France et l’Europe. Pour ce conseiller du Palais Présidentiel d’El-Mouradia, ces productions écrites sur l’affaire de la « Deglet Nour » ciblent le bilan économique du Président Tebboune et tentent déstabiliser les efforts de diversification des exportations hors-hydrocarbures du pays.

La DGSN passe très rapidement à l’action et la Police Judiciaire convoque le journaliste Belkacem Houam pour le malmener et le soumettre à un interrogatoire expéditif qui le mènera, par la suite, à une présentation devant le tribunal de Hussein Dey et son placement en détention provisoire. Tout au long de cette procédure qui a abouti à l’emprisonnement arbitraire d’un journaliste pour un simple article de presse, l’ombre d’Abdelatif Belkaiem a plané sur cette cruelle injustice.