Confidentiel. La Sonatrach utilise sa filiale à Londres pour vendre du GPL à des clients israéliens via un intermédiaire suisse

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Nouveau tour de passe-passe à Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures. A la suite des révélations détaillées et documentées d’Algérie Part sur la vente du GPL made in Algérie à un important client israélien alors qu’officiellement l’Etat algérien rejette toute forme de normalisation avec ce qu’il qualifie dans son vocabulaire d' »entité sioniste », la Sonatrach a relancé les négociations avec un important intermédiaire basé en Suisse pour permettre à sa filiale basée à Londres de conclure un nouveau contrat de livraison de GPL à destination d’un port israélien, a pu confirmer Algérie Part au cours de ses investigations. 

La direction générale de Sonatrach a chargé officiellement la Sonatrach Pétrolier Corporation (SPC), filiale de Sonatrach basée à Londres, de négocier un nouveau contrat avec l’opérateur suisse VITOL pour lui vendre une importante quantité de 200 mille tonnes de GPL. Pour rappel, avec 7,4 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers négociés chaque jour en 2018/2019, Vitol est considéré comme le leader mondial du trading de l’énergie. En 2017, VITOL avait transporté 7 millions de barils par jour. Basé à Genève en Suisse, Vitol est effectivement l’une des principales sociétés de trading pétrolier au monde. Fondé en 1966, le groupe Vitol opère dans le monde entier et constitue avec Glencore et Gunvor l’une des trois premières sociétés de courtage de pétrole brut au monde.

VITOL négocie ainsi la conclusion de ce nouveau contrat avec SPC Londres pour ne plus avoir à traiter avec la direction commerciale de la maison-mère, à savoir l’activité commercialisation de Sonatrach à Alger. La valeur financière de ce nouveau contrait devrait dépasser les 200 millions de dollars USD puisque le prix de la tonne de GPL sur le marché mondial avoisine en ce moment les 1600 dollars USD alors que durant toute l’année 2021, le prix moyen tournait autour des 1000 dollars la tonne.

Il s’agit d’une importante transaction financière sur laquelle travaille en ce moment très discrètement la SPC Londres. Cependant, ce nouveau montage a été décidé par Sonatrach pour éviter toute polémique sur la destination très controversée de ce GPL made in Algérie.

En effet, comme il a été démontré au cours des dernières investigations d’Algérie Part, VITOL avait affrété des navires qui ont transporté le GPL algérien pour l’expédier jusqu’à IsraëL afin de le livrer à un important client israélien, il s’agit en l’occurence de l’Eilat Ashkelon Pipeline Company (EAPC). Cette société israélienne exploite plusieurs pipelines de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés en Israël , notamment l’ oléoduc Eilat Ashkelon – qui transporte du pétrole brut à travers le sud d’Israël, entre la mer Rouge et la mer Méditerranée. L’EAPC exploite également deux terminaux pétroliers maritimes ainsi que des dépôts de stockage de pétrole dans le pays. Elle est basée à Ashkelon ou Ascalon qui est une ville d’Israël située sur la côte méditerranéenne, pas loin du nord de la Bande de Gaza et elle se trouve à 54 km au sud de Tel-Aviv.

Justement, c’est au port d’Ashkelon où plusieurs bateaux et navires transportant le GPL algérien ont été réceptionnés durant toute l’année 2021. Pour masquer et dissimuler ces transactions commerciales sulfureuses et afin de ne pas éveiller les soupçons en Algérie, la Sonatrach et VITOL ont opéré des manoeuvres très insidieuses. Ainsi, les navires quittent le port d’Arzew dans la wilaya d’Oran et observent ensuite une halte en Méditerranée, le plus souvent au niveau des côtes grecques, avant de rallier ensuite Ashkelon en Israël.

Cette fois-ci, pour ne pas s’attirer les foudres de ses détracteurs, la direction générale de Sonatrach a préféré charger cette filiale londonienne de revendre le GPL made in Algérie à l’intermédiaire suisse qui se chargera, ensuite, de le commercialiser au profit de son client israélien. A travers ce subterfuge, la direction générale de Sonatrach espère dissimuler son business secret avec des opérateurs israéliens afin se conformer au sacro-saint dogme du pouvoir algérien qui interdit toute normalisation des relations économiques ou politiques avec Israël.

Il est à  souligner enfin que la finalité de la création, en 1989 d’une filiale de Sonatrach à Londres pour la commercialisation du gaz vers l’Europe était motivée par les marges de bénéfice intéressantes et le déficit en matière d’approvisionnement et de capacités d’importation. Cette filiale achète les produits pétroliers à Sonatrach pour les commercialiser dans toutes les régions du monde.