Complexe du colonisé et imaginaire pris en otage par les médias étrangers

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Le documentaire « Algérie, Mon Amour » diffusé mardi soir sur France 5 aura au moins eu le mérite de dévoiler une réalité amère de notre pays : à force de « casser » les médias algériens, de réprimer les journalistes sérieux et indépendants, de brimer la liberté d’expression, les Algériens et Algériennes sont obligées de placer leurs attentes dans les médias étrangers. Et lorsque ces médias ne répondent pas à leurs attentes convenablement, nos compatriotes expriment une énorme déception, un profond dégoût. Pourquoi ? Parce que dans leur propre pays, il n’y a plus aucun média, ni télévision, ni média électronique ni encore un quotidien national qui peut répondre aux aspirations populaires d’une société en quête d’émancipation. 

Depuis la chute des Bouteflika au début du mois d’avril 2019, l’Algérie est devenue totalement un « aquarium » qui enferme tout un peuple dans un seul et unique discours médiatique : celui qui sacralise l’institution militaire, criminalise la critique à l’égard du Président de la République et condamne à la prison ferme le militantisme ou l’information libre sur les réseaux sociaux.

Oui, pendant le long règne de Bouteflika, l’Algérie n’était pas une démocratie. C’est une évidence de l’affirmer. Mais depuis la chute du Président malade et affaibli, l’Algérie est devenue un véritable système totalitaire qui ne se déguise plus pour assumer sa mainmise sur le pays. C’est donc pire qu’avant. A l’époque de Bouteflika, quelques brèches étaient exploités par des quotidiens nationaux, des médias électroniques ou des feuilletons satiriques diffusés sur les télévisions algériennes. Aujourd’hui, ni l’humour n’est toléré, ni les médias électroniques indépendants ne sont acceptés, ni la moindre indépendance éditoriale des médias algériens n’est autorisée.

Dans ce contexte, l’Algérie est devenue un espace sombre, clos et interdit où seuls les médias étrangers peuvent se permettre de produire un contenu critique, dérangeant. Or, ces médias étrangers travaillent au prisme de leurs représentations collectives. Ils ne peuvent en aucun cas répondre aux besoins politiques ou culturels des Algériens. Ils n’ont, d’ailleurs, pas cette mission. Leur travail consiste naturellement à répondre aux besoins d’information de leur propre population et communautés.

L’imaginaire des Algériens est donc pris en otage par des médias étrangers se retrouvent aujourd’hui sur le banc des accusés à l’image de France 5 alors qu’ils n’ont strictement aucun engagement vis-à-vis des Algériens ni aucun devoir de moralité à l’égard de notre pays.

Au final, le pouvoir algérien a offert l’imagine de notre pays sur un plateau en or aux médias étrangers qui peuvent, désormais, le représenter comme ils le souhaitent dans leurs contenus avec la certitude qu’ils auront un impact certain sur les Algériens. Aucun média algérien ne pourra contrecarrer ces représentations puisqu’il n’a pas le droit d’exister…

Malheureusement, ces frustrations collectives des Algériens sont aggravées par une vieille maladie : le complexe du colonisé. L’Algérien ne supporte pas le regard des médias français sur les dysfonctionnements de son pays. Il ne veut pas que les médias français immortalisent ce qu’il n’aime pas voir dans son propre pays. Et d’un autre côté, l’Algérien est totalement dépendant de ces médias français car, aujourd’hui, ils sont les seuls qui peuvent inquiéter ou déranger ce régime qui l’opprime au quotidien. Une terrible dépendance qui nourrit de nouveaux complexes. Bravo à France 5 de nous avoir révélé au grand jour cette triste vérité…