Ces défaillances de l’Etat qui expliquent l’incapacité de l’Algérie à affronter les feux de forêt

0
387
A Moroccan tries to help put out a fire as wild blazes destroyed some 200 hectares (500 acres) of forest in the region of Chefchaouen in northern Morocco on August 15, 2021. - Firefighters were battling overnight to put out two forest blazes, a forestries official said as the North African kingdom swelters in a heatwave that saw temperatures of up to 49 degrees Celsius (120 Fahrenheit) on the weekend, according to weather authorities. Morocco joins several other Mediterranean countries that have seen forest fires in recent weeks, including neighbouring Algeria where at least 90 people were killed in wildfires last week. (Photo by FADEL SENNA / AFP) MOROCCO-CLIMATE-FIRE

C’est un cauchemar qui se reproduit. Comme en été 2021, les feux de forêt se propagent à une grande vitesse sur de vastes étendues du territoire algérien tuant en quelques jours en ce mois d’août 2022 près de 30 personnes. Des femmes, des enfants et des hommes sont décédées brûlées ou étouffées par les feux des flammes qui ravagent des milliers d’hectares dans pas moins 14 wilayas du nord du pays. Et le bilan demeure encore provisoire car les incendies se sont approchés dangereusement de plusieurs agglomérations massivement peuplées comme à Souk Ahras ou dans la wilaya d’El Tarf à l’est du pays. Malheureusement, plusieurs défaillances expliquent l’incapacité chronique de l’Algérie à affronter les feux de forêt. 

Le gouvernement algérien aurait pu tirer les leçons de la tragédie de l’été 2021 au cours de laquelle plus de 100 algériennes et algériens ont péri à cause des feux de forêt qui ont ravagé des villages et localités entières notamment dans les wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaia. Pour cet été 2022, face à l’aggravation des effets du réchauffement climatique, les autorités algériennes ont manqué encore une fois à leurs obligations échouant à faire preuve de vigilance pour limiter les dégâts matériels et protéger des vies humaines.

Pourquoi ? Parce que l’Etat algérien, comme en 2021, manque toujours d’équipements modernes et de moyens aériens pour affronter les nouveaux risques des feux de forêt.

L’Algérie n’a rien fait pour obtenir une véritable flotte aérienne de bombardiers d’eau et ne dispose toujours pas d’une véritable connaissance de la guerre aérienne contre les flammes. Le pays manque cruellement d’expertise et d’une force aérienne pour lutter contre les incendies. Concrètement, l’Algérie a besoin d’aligner en urgence plusieurs avions spécifiques comme comme des bombardiers moyens Canadair CL-215 et Bombardier CL-415 ainsi que des bombardiers légers PZL M-18 Dromader. L’Algérie doit former aussi son armée à la mission de lutte contre les feux de forêt au travers, par exemple, des pilotes d’avions légers Cessna U-17A Skywagon spécialisés dans la reconnaissance et le commandement aéroporté de l’avant ou encore dans ses pilotes d’hélicoptères lourds Boeing Vertol CH-47C/D Chinook habilités pour la plus part à l’emploi du Bambi bucket. Ces équipements ont fait leur preuve dans la gestion des feux de forêt dans plusieurs pays méditerranéens comme la Grèce ou l’Italie.

Faute de ces moyens importants et essentiels, la population se retrouve abandonnée et les Algériens tentent seuls de minimiser la propagation des flammes et de sauver leurs biens.  Les images des témoins oculaires qui nous parviennent de Skikda, El Tarf ou Souk Ahras témoignent parfaitement de cette réalité amère.

L’Algérie a échoué, par ailleurs, à moderniser la gestion de son patrimoine forestier. Les forêts et les arbres couvrent moins de 1 % de la masse terrestre du pays, les feux de forêt constituent l’une des trois plus grandes menaces pour la vie, la propriété et l’activité économique. Entre 2010 et 2019, l’Algérie a recensé près de 3 000 incendies qui dévastent chaque année l’équivalent de quelque 30 000 terrains de football. Les pertes annuelles d’actifs atteignent le chiffre vertigineux de 1,5 milliard de dinars algériens (11 millions de dollars) ; en 2020, les indemnités versées aux sinistrés se sont montées à 600 millions de dinars (4,4 millions de dollars).

Fin 2021, des spécialistes de la Banque Mondiale ont rédigé un rapport détaillé pour apporter de précieux conseils aux autorités algériennes concernant la lutte contre les incendies de forêt.  « Grâce aux nouvelles technologies, nous pouvons mieux prévoir les incendies (a), tout en les surveillant. Les données montrent que ces dernières décennies la planète a brûlé avec une intensité accrue. Les changements climatiques exacerbent la menace : face à la hausse des températures et à l’évolution du régime des précipitations, l’équation se complexifie », ont expliqué ces experts dans leur rapport en préconisant une gestion durable des forêts.

« Il existe toutefois une solution qui transforme la gestion des forêts, réduit les départs de feu potentiels et valorise davantage les forêts. Cette approche, connue sous le nom de gestion durable des forêts, est mise en œuvre dans de nombreuses régions du monde. Elle vise à améliorer la valeur économique, sociale et environnementale des forêts pour les générations d’aujourd’hui et de demain, tout en prenant en compte le risque d’incendie », ont souligné enfin ces experts de la Banque Mondiale citant des pays ayant récolté des bons résultats dans ce mode de gestion du patrimoine forestier comme la Turquie ou l’Inde.

« Que pourrait-elle apporter à l’Algérie ? La gestion forestière peut intégrer de nombreux aspects, comme le rétablissement de conditions historiquement plus saines, la réduction de la pression sur les surfaces boisées, la modification des comportements par la sensibilisation des populations, une plus grande résilience des communautés dans les zones sensibles. D’autres leviers existent, comme le reboisement, l’octroi de fonds supplémentaires pour la prévention des incendies (avec la création d’allées coupe-feu, par exemple), mais aussi l’amélioration de la détection des feux, de la formation et de la préparation à l’extinction rapide des incendies », ont conclu ces experts qui n’ont, malheureusement, pas été écoutés par les autorités algériennes lesquelles préfèrent opter pour des mesures conjoncturelles sans aucune efficacité. Les conséquences de ce laisser-aller sont désastreuses et des vies humaines sont décimées.