Capacités d’exportation du gaz naturel depuis l’Algérie vers l’Espagne : les enseignements du volte-face spectaculaire du PDG de Sonatrach

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Les volte-face du PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, sont devenues une fâcheuse habitude que personne n’ose encore relever en Algérie en raison de la proximité de ce manager avec les sphères les plus influentes du pouvoir algérien. Et pourtant, le sieur Toufik Hakkar commence à agacer sérieusement les observateurs les plus avertis du secteur des hydrocarbures avec ses mensonges répétitifs. Pis encore, le PDG de Sonatrach est tombé, désormais, dans le piège de ses propres contradictions. 

Hier mercredi 28 septembre à Alger, lors d’une conférence de presse improvisée à la direction générale de Sonatrach, Toufik Hakkar a répondu à une question sur la possibilité d’augmenter le volume des exportations du gaz naturel vers le marché espagnol en indiquant que la capacité du gazoduc Medgaz reliant l’Algérie et l’Espagne, estimée à 11 milliards M3/an, était exploitée en entier et « nous honorons aujourd’hui nos contrats à 100% avec la partie espagnole ».

Le PDG Sonatrach disait exactement le contraire au mois de janvier 2022 lorsque dans un entretien accordé à Ai24News, la chaîne de télévision étatique internationale, il avait déclaré que le Medgaz suffisait largement pour couvrir tous les besoins des contrats gaziers liant l’Algérie à l’Espagne justifiant ainsi le bien-fondé de la décision de la fermeture brusque du deuxième gazoduc qui liait l’Algérie à la péninsule ibérique, à savoir le Maghreb-Europe fermé par l’Algérie en octobre 2021. Toufik Hakkar avait même indiqué à l’époque que le quatrième turbocompresseur du gazoduc Medgaz entré en service dés le mois de janvier 2022 suffisait pour assurer l’approvisionnement des marchés espagnol et portugais en gaz algérien et en quantité suffisante.

Une affirmation qui avait suscité les interrogations de plusieurs experts du commerce international du gaz naturel.  De capacité plus réduite que le GME, le gazoduc Medgaz n’avait jamais suffi pour satisfaire pleinement l’Espagne. Et cette vérité s’est confirmée encore aujourd’hui à la suite de l’aveu même du PDG de Sonatrach.

Ce dernier était, pourtant, l’un des plus fervents lobbyistes et défenseurs de la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe privant ainsi l’Algérie d’un outil stratégique et précieux en ces temps de crise énergétique où le gaz naturel est devenu un enjeu financier et géopolitique majeur.

En service depuis 1996, le gazoduc Maghreb-Europe (GME) permettait d’acheminer chaque année 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel depuis l’Algérie vers l’Espagne et le Portugal. Long de plus de 1.400 kilomètres, le pipeline traverse ainsi, sur 540 kilomètres, le territoire marocain. Toufik Hakkar a fait partie des dirigeants qui ont induit en erreur le président Abdelmadjid Tebboune pour le convaincre de la justesse de cette décision économiquement désastreuse, à savoir celle relative à la fermeture définitive le 31 octobre 2021 du gazoduc Maghreb-Europe.

C’est en s’appuyant sur le diagnostic de Toufik Hakkar et ses autres collaborateurs à la direction générale de Sonatrach que Tebboune avait pris la décision de ne plus faire transiter le gaz naturel de notre pays via le GME, afin d’empêcher le Maroc d’en bénéficier. Aujourd’hui, dépendante d’un seule gazoduc, l’Algérie s’est limitée tirée une balle dans le pied en se privant d’un important accès direct au marché gazier européen via la péninsule ibérique et le Maroc. Une décision totalement absurde dans une conjoncture marquée par une augmentation historique des cours mondiaux du gaz naturel et une très forte demande européenne. Tebboune peut dire merci à Toufik Hakkar pour ses conseils précieux et utiles.