Au lieu de la réformer et de la transformer profondément, l’Etat algérien va encore donner plus de 1,5 milliard de dollars USD à Air Algérie

L’Etat algérien va une nouvelle fois débloquer des budgets colossaux et conséquents pour permettre à Air Algérie d’évoluer alors que cette compagnie aérienne publique collectionne les déficits, les dettes et les mauvaises performances financières et ce depuis des années, à savoir bien avant la crise née dans le sillage de la pandémie de la COVID-19 en 2020. 

Certes, la pandémie a totalement ébranlé le transport aérien international. Mais Air Algérie patauge dans la crise depuis de très longues années en raison de son fonctionnement bureaucratique et son mauvais management. il faut savoir à ce sujet que la compagnie Air Algérie n’a pas publié ses résultats depuis 2009 et elle était sous perfusion permanente de l’État depuis plus d’une décennie. En 2017, l’ex-PDG d’Air Algérie Bakkouche Alleche avait même reconnu que la compagnie souffre  « d’une situation des plus délicates, marquée par des résultats opérationnels négatifs […], un lourd endettement, une sérieuse dégradation de la trésorerie et de [la] capacité à investir ».  Sans plan stratégique défini et sans culture de la rentabilité, Air Algérie a accumulé en 2018 un déficit de 18 millions d’euros, souffre d’un sureffectif qui nuit gravement à sa compétitivité. Elle comprend près de 10 000 employés, soit le double de la Royal Air Maroc, qui possède une flotte de la même taille (56 appareils contre 61 pour la RAM).

Entre mars et juillet 2020, Air Algérie a encaissé 35 milliards de dinars, soit 272 millions de dollars de pertes. Ce chiffre avait été révélé le 18 juillet 2020 à Alger par l’ex-ministre des Finances Aymane Benabderrahmane, devenu plus tard Premier-ministre, devant des hommes d’affaires et des représentants syndicaux, faisant le compte des pertes pour toutes les compagnies publiques.

En dépit de toute cette situation périlleuse et souffrant toujours du même mauvais management, l’Etat algérien a autorisé officiellement  Air Algérie à acquérir 15 avions pour « l’ouverture de nouvelles lignes notamment vers des pays africains et asiatiques outre l’achat de navires de transport de voyageurs, de marchandises et de céréales », indique un communiqué résumant les travaux du Conseil des Ministres qui s’est tenu hier dimanche 8 mai à Alger sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune. Lors de ce même conseil des ministres, il a été décidé d’approuver également « le nouveau programme des vols d’Air Algérie en prévision de la saison estivale. Ce programme devant être publié par décret exécutif ».

Ces nouvelles décisions vont coûter à l’Etat algérien  la bagatelle de 1,5 milliard de dollars USD. C’est effectivement le prix qu’il faut débourser pour acheter ces 15 nouveaux avions. Un budget qui risque d’être explosé rapidement au regard des conditions commerciales qu’il faut négocier avec les fabricants mondiaux comme Boeing ou Airbus et le type d’appareils que la compagnie Air Algérie doit acquérir pour assurer des vols moyens-courriers ou long-courriers. Tous ces paramètres influent sur les prix des avions neufs que la compagnie aérienne nationale doit acheter.

Il faut savoir que pour le moment  Air Algérie dispose actuellement de 55 avions dont 18 cloués au sol selon Planespotters, y compris quinze ATR 72-500, cinq Boeing 737-600, deux 737-700, 25 737-800 (plus un converti pour le fret) et huit Airbus A330-200. dix de ses 737 et huit ATR ont plus de vingt ans. Cette flotte existante n’est pas rentabilisée ni bien gérée et Air Algérie peine à s’imposer dans le ciel continental africain comme la RAM ou Ethiopian Airlines.

Notons enfin qu’Air Algérie est gérée encore par un simple  PDG par intérim depuis janvier 2021. Comment peut-elle dans ce contexte d’instabilité faire bon usage de ces nouveaux budgets publics que va lui accorder l’Etat ?