Analyse. La nouvelle stratégie chinoise pour rassembler les alliés de l’Amérique

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Les relations de l’Amérique avec ses principaux partenaires démocratiques sont prêtes à être réactivées dès l’entrée en fonction du président élu Joe Biden. Les alliés en Europe et en Asie de réjouissent par avance à l’idée de côtoyer un président américain engagé à suivre les traditions démocratiques dans son propre pays, à respecter les engagements stratégiques à l’étranger et à faire montre d’esprit d’équipe.

La solidarité entre les démocraties du monde revêt une importance toute particulière dès qu’il s’agit de tenir tête à la Chine. Mais la décision de l’Union européenne la semaine passée de signer un accord d’investissement avec ce pays met en évidence un risque de grave dissension. Même si le camp de Biden a mis en garde l’UE durant les négociations en vue de cet accord, l’UE a néanmoins finalisé ce processus (ratification en instance).

Il ne fait aucun doute que le style entêté de la Chine motive les démocraties du monde à se fédérer contre elle. Pourtant, son poids géopolitique croissant et l’attrait du commerce et des investissements chinois ont également tenté de nombreux pays, y compris les démocraties, à s’attirer les faveurs de son gouvernement. En conséquence, Biden doit lancer au début de sa présidence un effort concerté pour constituer un front démocratique uni face à la Chine, en s’inspirant des trois principes suivants.

Premièrement, les États-Unis doivent adopter une approche beaucoup moins rhétorique et traiter la Chine comme un concurrent redoutable, et non comme un ennemi implacable. Une stratégie américaine d’endiguement rigide ou de repli agressif ne fera que peu d’adeptes en Europe ou en Asie, ce qui laisse présager un éventuel retour de bâton.

Les Démocrates et les Républicains sont peut-être dans la surenchère lorsqu’il s’agit d’appeler à la fermeté face à la Chine. Mais si les partenaires étrangers voient que Biden cherche la bagarre, par une telle attitude, les États-Unis vont plutôt diviser qu’unir les principales démocraties mondiales. La Chine représente dès à présent un poids géopolitique et économique important en Asie et au-delà – en particulier grâce aux Nouvelles routes de la soie, son programme d’investissements massifs dans les infrastructures et le développement commercial au niveau mondial. Aucun retour en arrière ne semble possible sur ce point.

Le réalisme pragmatique, plutôt que la grandiloquence, doit être le mot d’ordre d’une stratégie américaine vis-à-vis de la Chine. Bien sûr, les États-Unis vont devoir lever toute équivoque quant aux limites à ne pas dépasser, notamment en ce qui concerne l’autonomie de Taïwan et la liberté de navigation dans la région Asie-Pacifique. Mais les États-Unis et la Chine doivent avoir pour objectif un leadership partagé dans la région – un objectif stratégique qui pourrait bénéficier d’un large soutien parmi les alliés des États-Unis qui craignent déjà l’escalade de la rivalité sino-américaine.

Deuxièmement, les États-Unis et leurs principaux alliés doivent se serrer les coudes pour affronter la Chine sur le plan du commerce et des investissements. Le découplage économique n’est pas dans l’air du temps : la Chine est bien trop intégrée au sein de l’économie mondiale. Néanmoins, la concurrence des importations en provenance de Chine et ses pratiques commerciales déloyales ont coûté des millions d’emplois aux démocraties développées au cours des deux dernières décennies. Faire pression sur la Chine pour qu’elle uniformise les règles du jeu peut s’avérer avantageux sur le plan économique.

L’Amérique et ses alliés doivent s’allier pour maximiser leur efficacité. Agir unilatéralement, comme l’a fait le président Donald Trump – et comme le fait actuellement l’UE – ne fait que renforcer l’influence de la Chine en diluant le pouvoir de négociation collective des démocraties du monde. Les droits de douane imposés par Trump n’ont eu qu’un faible effet de libéralisation sur le marché chinois ou sur la réduction du déficit commercial américain.

Au lieu de cela, il faudra exercer une pression mondiale pour repousser les pratiques commerciales néfastes de la Chine, comme par exemple les subventions publiques et le vol de propriété intellectuelle. Bien que le découplage à grande échelle ne soit pas à l’ordre du jour, les États-Unis doivent se joindre à leurs alliés démocratiques pour échapper à l’influence de la Chine dans le domaine des technologies sensibles, comme les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle. Il faudra faire preuve de la même prudence et imposer de nouveaux contrôles sur les exportations, examiner et réglementer les investissements chinois à l’étranger, se tenir à l’écart de Huawei à l’heure de construire des réseaux 5G et rapatrier la production haut de gamme.

Ces mesures seraient cohérentes avec les mesures nationales que l’administration Biden et les gouvernements de nombreuses autres démocraties sont sur le point d’adopter pour générer davantage d’emplois et de meilleurs salaires pour les travailleurs. L’objectif doit être de faire en sorte que la croissance économique et les bénéfices du commerce soient plus inclusifs. Les dépenses consacrées aux infrastructures, à l’éducation et au recyclage, à la recherche et au développement et aux énergies renouvelables peuvent aider les grandes démocraties à maintenir leur avantage concurrentiel face à la Chine.

Enfin, les États-Unis et leurs partenaires démocratiques doivent parler d’une seule voix en matière de défense des droits de l’homme. Une condamnation résolue de la réticence de la Chine à accorder les libertés fondamentales à ses citoyens mettra les dirigeants chinois sur la défensive face au tribunal de l’opinion internationale. Cela contribuera par ailleurs à réparer l’érosion de l’autorité morale des États-Unis sous Trump.

Les dirigeants démocratiques peuvent se montrer encore plus fermes face aux dirigeants chinois en imposant des sanctions à ceux qui sont responsables de l’oppression de la minorité ouïghoure dans la région du Xinjiang et de la répression contre Hong Kong. Lorsque la Chine use de contraintes économiques pour punir les pays qui critiquent son bilan en matière de droits de l’homme, comme c’est arrivé à l’Australie, les démocraties du monde doivent infliger en retour les mêmes contraintes à la Chine.

Les efforts visant à établir un consensus autour de ces trois principes ne seront pas seulement une preuve du sérieux d’engagement pris par l’administration Biden à collaborer avec ses partenaires. Ils seront également l’atout maître des États-Unis pour faire face à la Chine : ses alliances.

La Chine n’a qu’un seul allié – la Corée du Nord – tandis que les États-Unis ont des partenaires loyaux dans le monde entier. L’économie de la Chine sera la plus importante du monde d’ici la fin de la décennie, mais son PIB ne représentera qu’à peu près le tiers de la taille globale des principales démocraties mondiales. Tant qu’elles se serreront les coudes et qu’elles agrègeront leur poids géopolitique et économique, les principales démocraties devanceront la Chine dans un avenir prévisible.

Biden devra mobiliser tous ses talents d’orateur pour mettre sur pied une approche coordonnée vis-à-vis de la Chine. Mais sa tâche est facilitée par le fait que, même si elles convoitent les avantages d’un commerce plus important avec la Chine, les démocraties d’Europe et d’Asie s’inquiètent des intentions de la Chine. Elles vont accueillir de bon cœur un président américain qui respecte ses alliés et qui apprécie la nécessité d’un travail d’équipe pour traiter avec la Chine.

Charles Kupchan, membre du Conseil de sécurité nationale sous le président Bill Clinton et le président Barack Obama, professeur d’affaires internationales à Georgetown University, associé principal au Council on Foreign Relations. Il a publié Isolationism: A History of America’s Efforts to Shield Itself from the World. Peter Trubowitz, professeur de relations internationales et directeur du US Centre de la London School of Economics, chercheur associé à Chatham House. Il a publié Politics and Strategy: Partisan Ambition and American Statecraft.

Copyright: Project Syndicate, 2021.
www.project-syndicate.org

1 COMMENT

  1. En lisant du haut en bas, plus je lisais plus je me disait que celui qui a ecrit cet article de propagande digne de la national-socialiste doit etre un francais, un raciste sur, de droite ou d’extreme droite. A la fin je rencontre le nom d’un americain, prof de quelque chose dans une institution quelques part, de surcoit un ex-scribouillard de Yes we can destroy! qui a fait le nid a Make it great again!!! You can not make it great again, les americains c’est des mauvais perdants, ils n’arrivent pas a comprendre qu’ils sont devenu des destructeurs du monde et que leurs democratie et droit de l’homme blanc est construite sur les cadavres de milliards de personne entere’ vivants chez des maitres d’esclaves et des regimes parasitaires, qu’ils aiment nommer regime de dictateurs alors que c’est des parasites ni plus ni moins. Ca fait des Americains des parasites sinon des sue sang, alors vivement la Chine et esperons que Poutine trouvera une releve a sa juste valeurs pour faire un contre poids a ses sue sangs occidentaux!