Affaire des 780 bovins : une riposte de l’Algérie à la France qui a retiré de son marché des quantités importantes de Deglet Nour

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Stéphane LE FOLL, Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt au 47ème Congrès des Jeunes Agriculteurs. Visite de l'exploitation de Colin SCHERTZ et Yves HOSCHAR ( GAEC ) Les Etangs. Vaches laitères.

L’affaire des 780 bovins qui ont été interdits de débarquer en Algérie s’apparente à une riposte orchestrées par les autorités algériennes à la suite du retrait du marché français d’une importante quantité de Deglet Nour, la célèbre variété de dattes algériennes, déclarées comme dangereuses pour la santé des consommateurs françaises.  

Comme il a été rappelé par Algérie Part dans une précédente publication, ces 780 bovins ont fait l’objet d’un véritable imbroglio commercial et administratif alimentant de longues discussions entre les autorités françaises et algériennes. Cet imbroglio concernait une « difficulté d’interprétation » sur le statut sanitaire de trois animaux de ces 780 bovins, a expliqué à ce sujet le ministère français de l’Agriculture tandis que le ministère algérien de l’agriculture a observé dans ce dossier un silence intriguant.

Les autorités françaises ont assuré que ces taurillons sains avaient été vaccinés contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR). Or des documents joints à leur certificat cerfa d’exportation portaient la mention « IBR positif », cela pouvant laisser croire à tort qu’ils étaient porteurs du virus. Alors que cela validait en fait leur vaccination. Malgré une clarification apportée par la France, l’Algérie leur a refusé l’entrée sur le territoire « pour des raisons réglementaires ». « Il n’y a pas eu de manquement des autorités françaises sur le certificat export », qui a permis leur départ de Sète, assure la France dans ce dossier.

Malgré les éclaircissements fournis par les autorités françaises, les autorités algériennes ont continué de refuser d’embarquer ces 780 bovins obligeant ainsi leur rapatriement dans des conditions troublantes. En effet, à l’issue de « discussions infructueuses » entre Paris et Alger, la France a décidé de faire revenir le bateau, et d’abattre ces 780 animaux. Ils ont, en effet, « été affouragés avec du foin algérien » lors de leur stationnement, du fourrage issu d’un pays où une autre maladie animale, la fièvre aphteuse, est présente. Le risque d’une contamination est « extrêmement minime, mais on ne peut l’écarter », a indiqué à ce sujet le gouvernement français, qui souhaite éviter l’introduction de cette maladie sur le sol européen, au nom du principe de précaution sanitaire.

Selon diverses sources contactées par Algérie Part, au-delà des craintes sanitaires avérées et légitimes, les autorités algériennes ont surtout utilisé ces 780 bovins pour répliquer au rappel d’une importante quantité de Deglet Nour, la plus importante variété des dattes algériennes, estimée à plus de 3000 tonnes, par les autorités françaises qui ont refoulé ainsi ces dattes algériennes en raison de la présence sur leur emballage d’une substance allergisante ainsi que l’utilisation par leurs cultivateurs ou producteurs de pesticides dangereux interdits officiellement par l’Union Européenne.

C’est dans ce contexte que plusieurs quantités de Deglet Nour made in Algérie ont été retirées du marché français et les consommateurs français ont été priées par les autorités françaises de ne plus consommer ces dattes algériennes en raison d’un risque avéré pour la santé humaine. La plateforme gouvernementale française Rappel Conso, le site gouvernemental français qui recense des alertes de produits dangereux, a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises au cours de cette année 2022 concernant les déficiences constatées dans les dattes de variété Deglet Nour importées depuis l’Algérie pour être vendues partout en France.

Cette affaire qui a porté un énorme préjudice aux intérêts économiques de l’Algérie, premier fournisseur de dattes consommés dans le marché français, a alimenté une très vive colère au sein du gouvernement algérien qui a profité ainsi de cette affaire des 780 bovins français pour appliquer la « réciprocité » avec la France en rejetant sans ménagement ces bovins « suspects » et destinés au marché algérien.