780 taurillons au cœur d’une incroyable brouille commerciale et administrative entre l’Algérie et la France

0
299

780 taurillons français, des jeunes bovins mâles non castrés élevés pour produire de la viande ou un géniteur, ont provoqué une brouille commerciale et administrative inédite entre l’Algérie et la France. Selon plusieurs sources médiatiques françaises, ce bétail made in France est resté à quai des jours durant dans le port d’Alger avant d’être finalement « rapatriés » à Sète, ville portuaire du sud-est de la France. Aux dernières nouvelles, ces taurillons seront finalement abattus et une ONG française est montée au créneau pour crier au scandale.  

Un scandale qui a commencé le 2 septembre dernier lorsque depuis le port Sète, ces 780 taurillons d’origine française ont embarqué sur un navire bétailler à destination de l’Algérie. Après six jours de traversée, ils accostent au port d’Alger, où il vont se retrouver bloqués dans le navire, plus de deux semaines durant. Ce blocage, au départ, le ministère français de l’Agriculture le qualifie de « difficulté d’interprétation » administrative, raconte France Info, une radio publique d’information française.

D’après les autorités françaises, ces 780 taurillons avaient été vaccinés contre l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), l’affection qui touche essentiellement les bovins, se traduit par une atteinte des voies respiratoires supérieures, mais peut éventuellement prendre la forme d’encéphalites (veaux), de conjonctivites, d’avortements et de métrites. Or, les autorités sanitaires algériennes ont constaté que pour trois de ces taurillons, les documents joints à leur certificat cerfa d’exportation portaient la mention « IBR positif ».

Ainsi, pour les autorités algériennes, ces taurillons français sont dangereux pour la santé humaine et leur viande sera impropre à la consommation.  L’Algérie a donc refusé l’entrée sur le territoire de tout le bétail, « pour des raisons réglementaires », pensant qu’ils étaient porteur du virus. Mais la France ne change pas de position et continuent d’affirmer qu' »il n’y a pas eu de manquement des autorités françaises sur le certificat export » au départ de Sète, et cette mention validait en fait leur vaccination.

Des discussions ont eu lieu entre autorités françaises et algériennes, qui s’avèrent infructueuses. Le ministère de l’Agriculture décide alors de « rapatrier » la cargaison de taurillons à Sète, où elle doit arriver ce jeudi 22 septembre… pour y être abattue. Raison invoquée par le ministère : les taurillons ont été « affouragés avec du foin algérien », alors qu’une autre maladie bovine, la fièvre aphteuse, est présente en Algérie. Si le ministère français de l’agriculture a admis que le risque d’une contamination des taurillons par la fièvre aphteuse est « extrêmement minime », ces taurillons ont subi ce sort pour éviter l’introduction de cette maladie sur le sol européen. De plus, la même source a précisé que la viande de ces taurillons « ne seront pas remis dans le circuit de la consommation » française.

L’issue de cette affaire a finalement a suscité un véritable scandale en France. Pour Adrienne Bonnet, représentante de l’ONG de défense des animaux d’élevage Welfarm, « nous doutons que le problème vienne d’un risque de contamination dû à la fièvre aphteuse. Nous pensons qu’il y avait un risque d’infection à bord avec la maladie IBR ». Et d’accuser le gouvernement français d’avoir « approuvé ce transport d’animaux au mépris des exigences sanitaires ». Elle a indiqué, par ailleurs, qu’une trentaine de ces taurillons seraient morts durant l’attente au port d’Alger. « La France exporte beaucoup de bovins vers l’Algérie et depuis longtemps, avance Judith Dei Rossi, chargée des affaires juridiques de l’ONG (…) Les documents vétérinaires sont les mêmes à chaque traversée, comment peut-il y avoir « une difficulté d’interprétation du statut sanitaire » ? »

Pour le ministère français de l’Agriculture, « nous n’avons pas d’informations qui indiqueraient un problème particulier » sur l’état de santé des animaux. Selon lui le bateau est agréé et « a fait l’objet d’une inspection au départ de Sète par nos services ». Une information contestée par la fondation 30 Millions d’amis : le Nader-A, battant pavillon togolais, est en service depuis 45 ans, et « lors de l’inspection du navire, le 3 mars 2022 au port de Sète, une vingtaine de défaillances de sécurité auraient été révélées », alors que Walfarm parle de « cargo-poubelle ».

Jusqu’à aujourd’hui, l’affaire de 780 taurillons suscite toujours des spéculations et des controverses en France. Et le débat sur les conditions de transport et d’abattage du bétail est revenu sur les devants de la scène médiatique française.

Source : Centre Presse Aveyron